Abdelaziz Bouteflika devant l’Histoire


par Charles Saint-Prot (mai 2009)

 
Réélu, le 9 avril 2009, à la présidence de l’Algérie pour un 3e mandat avec 90,23 % des voix et, surtout, un bon taux de participation de 74,56 %, Abdelaziz Bouteflika est désormais devant des choix historiques. Il détient les clés pour changer le pays. Dans ces conditions, il lui appartient de résoudre les problèmes du pays en conduisant une ambitieuse politique de développement socio-économique et de la jeunesse, en mettant fin à la corruption et libéralisant raisonnablement le système économique pour permettre des investissements étrangers qui permettront à l’Algérie de réussir un développement économique permettant la relance de l’emploi et une hausse significative du pouvoir d’achat des citoyens. En même temps, l’enjeu consistera à approfondir la réconciliation nationale et mettre l’Algérie sur la voie du changement démocratique, de la consolidation de l’Etat de droit et d’un profond renouvellement politique et des compétences. 
 
Surtout, le président Bouteflika doit avoir la lucidité de mettre un terme au différend avec le Maroc à propos du Sahara occidental. Il lui appartient de tourner la page d’une génération qui a été obsédée par un puéril rapport de force avec le Maroc. La vraie grandeur n’est pas dans l’entêtement, elle consiste à prendre quand le moment est venu les décisions honnêtes et nobles qui s’imposent dans l’intérêt de tous. Plus que tout autre, Abdelaziz Bouteflika qui connaît bien les origines de la sécession du Polisario, création ex nihilo des services de renseignements algériens et espagnols, est en mesure de trouver le chemin de sortie d’un conflit qui n’est rien d’autre que le reliquat de la guerre froide et de rêves hégémoniques qui n’ont plus lieu d’être. Désormais, le président algérien doit avoir le courage de régler un dossier qui n’en finit pas d’empoisonner les relations entre deux pays que tout pousse à coopérer. Par surcroît, ce conflit obsolète empoisonne l’atmosphère au Maghreb en compromettant, d’une part, la nécessaire unité régionale, facteur de progrès, de développement et de stabilité, et, d’autre part, le processus d’intégration euro-méditerranéen porté par l’Union pour la Méditerranée. 
 
C’est dans ce contexte qu’est intervenue, le vendredi 10 avril – soit le lendemain de l’élection présidentielle algérienne –, la provocation des miliciens du Polisario et de quelques aventuriers étrangers qui ont pénétré, en armes, dans la zone démilitarisée près de Mahbès, en violation flagrante des accords militaires conclus sous les auspices des Nations unies. Or, chacun sait que les miliciens séparatistes ne peuvent faire un pas hors de leur réduit de Tindouf sans l’aval de l’armée et de la sécurité algérienne. Dès lors, le président Bouteflika devra clarifier ses intentions vis-à-vis du voisin marocain qui a déposé à l’ONU un plan d’autonomie des provinces du sud présentant la seule solution sérieuse pour sortir du conflit.