Archives Editoriaux

Sahel : le temps de la coopération maghrébine

par Charles Saint-Prot (mai 2012)

On se souvient qu'un bon nombre de miliciens touaregs ont été impliqués dans le mercenariat au profit de Kadhafi. Les stocks d'armes emportés après la chute du régime du tyran libyen ont considérablement renforcé la capacité de nuisance de certains groupes d'agitateurs au Sahel, notamment au Mali, face à des armées régulières mal encadrées et mal équipées. Le coup d'État du 22 mars 2012 à Bamako a conduit à une agitation qui a favorisé la conquête du nord du Mali par les séparatistes touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et divers mouvements extrémistes prétendument «islamistes ». Du coup, les putschistes qui voulaient protester contre la corruption et le manque de moyens accordés aux militaires pour maintenir l'ordre au nord du pays ont favorisé la partition. Les Etats membres de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), ont condamné la proclamation d'indépendance des rebelles touaregs, du 6 avril, et réaffirmé leur attachement à l'intégrité territoriale du Mali et au principe de l'intangibilité des frontières. On aurait souhaité que certains de ces Etats, et d'autres membres de l'Union africaine, adoptassent le même principe de sagesse en s'abstenant jadis de reconnaître un Etat factice au Sahara marocain, inventé de toutes pièces par l'argent de Kadhafi et les services algériens. Sur ce point, on comprend mal comment Alger peut être à la fois contre la partition du Mali et pour la partition du Maroc, en voulant amputer ce pays de son Sahara... 

Le Roi et le peuple

par Frédéric Rouvillois (mars 2012)

Tout au long de l'année 2011, les commentateurs se sont demandé comment le Maroc était parvenu à échapper aux tempêtes des crises arabes. Comment le royaume chérifien a-t-il réussi, non seulement à résister à la tourmente, mais à en profiter pour accélérer le processus de modernisation de l'État – lequel s'est traduit, dès le 1er juillet 2011, par l'adoption d'une nouvelle constitution, puis, le 25 novembre, par des élections législatives parfaitement conformes aux critères démocratiques ? A cet égard, on ne peut se contenter de constater l'existence d'une exception marocaine : encore faut-il l'expliquer. Or, la réponse à cette énigme figure, au moins en partie, dans le dernier ouvrage du politiste et islamologue Charles Saint-Prot, Mohammed V ou la monarchie populaire. 
 
L'auteur propose donc à la fois une réflexion sur les lois de la politique du Maroc et un passionnant document historique consacré à l'action de ce souverain (1927-1961), seul chef d'Etat étranger à avoir été admis dans l'ordre des Compagnons de la Libération, qui a marqué l'histoire de son pays en consolidant les bases d'une monarchie réformiste. 

Pour un projet euro-arabe

par Charles Saint-Prot (janvier 2012)

La région de la Méditerranée méridionale a connu depuis décembre 2010, des bouleversements très importants. On a parlé de « printemps arabe » ou d'effet domino, ce qui est davantage un slogan racoleur que la traduction exacte d'une situation objective. En effet, le monde arabe regroupe des réalités sociales, économiques et politiques très différentes, malgré des similitudes apparentes. Les dynamiques de révolte, de contestation ou de réforme diffèrent d'un pays à un autre. En revanche, ce qui est indéniable est l'évolution globale de cette région dont le paysage politique qui est en pleine recomposition. Dans ce contexte, la chute du régime de Kadhafi, qui doit tout aux efforts déployés par la France, est de première importance. Elle redessine un Maghreb nouveau – avec un Maroc stable et consolidé par sa réforme constitutionnelle du 1er juillet, une Tunisie régénérée et une Libye débarrassée d'un dictateur ubuesque– et laisse espérer une relance du grand projet d'Union pour la Méditerranée que certains, dont une Allemagne dépourvue de toute vision géopolitique d'envergure, voulaient enterrer. 

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