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La politique arabe de la France


Charles Saint-Prot

La politique arabe de la France. Ce titre même indique bien l'aspect très spécifique et original de la politique française au Proche-Orient. A vrai dire, seul un nombre très restreint de puissances ont réellement une politique, globale et permanente au Proche-Orient. Outre la Russie qui n'a jamais renoncé à être présente dans la région et tente de se prémunir contre les manœuvres d'encerclement et de refoulement des Etats-Unis, les puissances actives dans la région sont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Il est clair que les deux Etats les plus actifs sont les Etats-Unis, d'une part, et la France, d'autre part. Chacun a une politique dynamique au Proche-Orient mais il est constant que la nature et la philosophie de ces deux politiques sont profondément différentes.


Les Etats-Unis ont peu à peu chaussé les bottes de la Grande-Bretagne Les grands traits de la politique états-unienne sont inspirés de l'ancienne politique britannique. C'est une politique liée très clairement à un projet de domination hégémonique, tant sur le plan politique que sur le plan économique. Les objectifs sont clairement exposés dans un document intitulé "America and the Middle East in a new century ". Publié par The Washington Institute for Near Est Policy, lequel passe pour être proche du fameux American-Israel Public Affairs Committee (AIPAC), l'un des principaux organismes du puissant lobby pro-israélien, ce document est la synthèse du Groupe d'études présidentiel chargé de tracer les grandes lignes de la politique des Etats-Unis au Proche-Orient pour le XXIè siècle.

Il ressort de ce texte que le but poursuivi par les Etats-Unis est de s'assurer du contrôle d'une zone stratégique de première importance. Les priorités sont les suivantes:

- Domination des richesses pétrolières et du contrôle des routes du transit du pétrole;
- Etablissement d'un partenariat stratégique avec l'Etat d'Israël;
- Aide à la constitution d'un axe militaire israélo-turc;
- Opposition à l'émergence de tout Etat ou groupes d'Etats arabes fort et indépendant.

Il est évident que l'on pourrait difficilement parler d'une politique arabe des Anglo-saxons qui ont toujours veillé à maintenir le monde arabe faible et divisé. Ce n'est pas faire injure aux Etats-Unis de constater qu'ils ne manifestent pas un intérêt particulier pour le monde arabe en tant que tel, que leur politique ne s'inscrit pas dans une perspective de liens solides et amicaux avec les Arabes. C'est une politique impériale qui comme toute politique impériale recherche des clients au sens romain du terme et non des amis ou des partenaires égaux. De fait, ce qui caractérise l'approche géopolitique des Etats-Unis au Proche-Orient est la volonté de maintenir le monde arabe plus bas que l'herbe, de l'empêcher de s'unir, d'être fort et de constituer un ensemble qui serait naturellement proche des nations européennes, en particulier la France. Pour tout dire, la politique des Etats-Unis est essentiellement anti-arabe. Les Etats-Unis veulent tout simplement coloniser le monde arabe et pour atteindre cet objectif ils s'emploient à le maintenir divisé et, avec la complicité de groupes sectaires ou d'agents stipendiés, ils cherchent à créer dans de nombreux pays arabes les conditions d'un éclatement ou d'une partition.


La politique de la France au Proche-Orient est à l'opposé. La France est la seule grande puissance qui a une politique arabe; c'est à dire qui considère le monde arabe comme un partenaire important et privilégié. C'est pourquoi, on ne parle pas de la politique de la France au Proche-Orient mais de la politique arabe de la France, ce qui est d'une tout autre signification.

La politique arabe de la France est inscrite dans la géographie et dans l'histoire la plus ancienne (I)

Cette politique est l'expression d'une doctrine traditionnelle, d'une philosophe politique et de choix stratégiques (II)

Cette politique est l'un des piliers les plus solides de la diplomatie française qui joue dans la région un jeu orignal centré sur des objectifs essentiels (III)


I- Une politique inscrite dans la géographie et dans l'histoire


Sur le plan géographique, il est notable que la France est voisine du monde arabe qui commence au Sud de la Méditerranée, avec les Cinq Etats du Maghreb, l'Egypte, la Palestine, le Liban et la Syrie. Pour la France, le monde arabe n'est donc pas un univers lointain mais l'Orient le plus proche: il est à ses portes. Cette proximité géographique qui favorise les échanges et les contacts rend, bien entendu, la France plus sensible que d'autres à ce qui se passe dans le monde arabe. Elle en a aussi une meilleure connaissance. Si, comme le disait Napoléon, la politique d'un pays est inscrite dans sa géographie, on comprend mieux pourquoi la France s'est toujours attachée à nouer des relations étroites avec le monde arabe.

La politique arabe de la France présente une particularité qui suffit à démontrer son caractère exceptionnel : elle est l'une des plus vieilles constantes historiques de la politique française. Cette politique ne date pas d'aujourd'hui. Le général de Gaulle rappelait que le monde arabe est une région pour laquelle la France a toujours manifesté un intérêt particulier. C'est pourquoi, il s'était fixé comme priorité, dès son retour aux affaires en 1958, de " rétablir notre position dans une région où depuis toujours la France fut présente et active".

En effet, à la différence de beaucoup d'autres, la France n'a pas découvert le monde arabe avec les premières exploitations pétrolières. Sa politique dans la région ne remonte pas ou aux rivalités coloniales de l’époque du Bagdadbahn et aux premières explorations des immenses gisements pétroliers, au début des années 1920. Elle ne trouve son origine ni dans le beau rêve du royaume arabe de Napoléon III, ni dans celui de Bonaparte en Égypte. On pourrait faire remonter la politique arabe de la France à plus de 2 200 ans. C'est précisément à la fin du IIIè siècle avant notre ère, en - 218, que les Gaulois, les ancêtres des Français, facilitèrent le passage des troupes du chef carthaginois Hannibal qui voulait attaquer un empire romain dont les principaux chefs gaulois pressentaient déjà qu'il constituait une menace. Plus généralement, on établit l'acte de naissance des relations franco-arabes au VIIIè siècle, avec l'alliance conclue entre le roi des Francs, Pépin, et le Calife de Bagdad, al Mansour. Autour de l'an 800, le roi Charles le Grand (Charlemagne) et le Calife Haroun al Rachid échangèrent des ambassadeurs, s'adressèrent des présents et signèrent un traité d'amitié afin de faire face à l'empire byzantin.

Au XIè siècle, lors des Croisades, des royaumes français furent créés en Palestine, au Liban et en Syrie. Les Français découvrirent alors la richesse de la civilisation arabe et l'avance des savants arabes sur ceux de l'Europe. Ce fut dans le domaine scientifique que le monde arabe exerça l’influence la plus importante : la médecine, les mathématiques, la géographie, la philosophie, le développement technique sur le plan de l’agriculture et de l’industrie. En outre, des mariages, des amitiés, une meilleure connaissance mutuelle permirent de conserver des contacts après la libération de Jérusalem (1187).

Durant tout le Moyen Age, les relations sont importantes entre les grandes villes marchandes françaises et arabes. De nombreux étudiants et savants arabes fréquentent les universités françaises. Parallèlement les rois de France signent des traités d'amitiés avec des principautés arabes, par exemple le Bey de Tunis ou le Sultan du Maroc. Lorsque l'Inquisition espagnole persécute les musulmans après la chute des derniers Omeyyades d'Espagne, de nombreux Arabes trouvent refuge en France. Au XVIè siècle, le roi François Ier choisit l'alliance avec le monde musulman en faisant appel au Sultan ottoman contre l'empire de Charles Quint.

L'un des signes de l'intérêt que porte la France à la civilisation arabe est l'ouverture de la première chaire d'arabe à paris, en 1587. C'est ainsi que la France introduit l'étude de la langue arabe en Europe. Au XVII è siècle, le roi Louis XIII demande que soient créées des imprimeries en langue arabe et le roi Louis XIV ordonne que des étudiants apprennent l'arabe afin de servir de traducteurs pour les relations diplomatiques qu'il veut développer avec le monde arabe. A cette époque, des traités sont signés avec le roi du Maroc, le Bey d'Alger, le Sultan d'Oman. Des marins français visite le Golfe jusqu'à Bassorah.

Au début du XIXè siècle, après son expédition d'Egypte qui lui a fait découvrir le monde arabe, Napoléon prend contact avec le successeur d'Ibn Séoud en vue d'une alliance franco-arabe contre les Turcs alliés des Anglais. Sous la Restauration monarchique, la France débarque en Algérie et, surtout, apporte son aide à Mohammed Ali qui veut libérer l'Egypte, la Palestine et la Syrie de la domination des Turcs. Des généraux français se battent aux côtés des Arabes contre les Turcs et les Anglais. Au milieu du XIXè siècle, l'empereur Napoléon III rêve d'un Grand Royaume arabe, d'Alger au Golfe, qui serait l'allié de la France. Au début du XXè siècle, les premiers penseurs nationalistes arabes fuient la répression ottomane et s'installent à Paris ou se tiendra le premier Congrès national arabe, en 1913.

A la suite de la Première Guerre mondiale, la France exerce un mandat sur le Liban et la Syrie. Elle a un protectorat sur la Tunisie et le Maroc et est présente en Algérie. Cette présence française dans de nombreux pays arabes renforce l'intérêt des Français pour le monde arabe et la religion musulmane. En hommage aux soldats musulmans qui ont lutté aux côtés des Français contre l'Allemagne, est construite à Paris la première mosquée dans un pays d'Europe occidentale.

Après la Seconde guerre mondiale, la France est dirigée par un gouvernement socialiste faible et sans conviction qui s'enlise dans la guerre d'Algérie et se fourvoie dans la ridicule équipée franco-britannique contre l'Egypte et dans une sorte d'alignement sur la politique américaine et un soutien à l'Etat sioniste. Il faudra attendre le retour du général de Gaulle au pouvoir, en 1958, pour que soit mis fin à cette politique contre-nature.

Ayant mis fin à la crise algérienne, le général de Gaulle restaure l'autorité de l'Etat et renoue avec la politique traditionnelle de la France. Il réaffirme une politique d'indépendance nationale dont l'un des piliers est le renforcement des relations séculaires avec le monde arabe. Il prend contact avec Nasser, la Syrie et l'Irak, renforce le soutien de la France au Liban, établit de bonnes relations avec le roi Fayçal d'Arabie séoudite et les émirs de la région du Golfe. Il encourage les grandes entreprises françaises à redoubler d'efforts pour être présentes dans tout le ponde arabe. Lors de la guerre israélo-arabe de juin 1967, le général de Gaulle condamne l'agresseur israélien, met un embargo sur toutes les ventes d'armes à Israël et dénonce l'occupation des territoires arabes. Concernant la politique de la France au Proche-orient, le général de Gaulle déclare en novembre 1967: "nous avons repris avec les peuples arabes la même politique d’amitié, de coopération, qui avait été, pendant des siècles, celle de la France et dont la raison et le sentiment font qu’elle doit être, aujourd’hui, l’une des bases fondamentales de notre action extérieure."

La voie ouverte par le général de Gaulle est poursuivie avec conviction par le Président Pompidou et son remarquable ministre des Affaires étrangères, Michel Jobert. La France plaide pour les droits du peuple palestinien, elle s’emploie à convaincre ses partenaires de la Communauté économique européenne d’entamer un prometteur dialogue euro-arabe, elle développe des contacts avec de nombreux États, notamment l’Irak et les monarchies arabes du Golfe avec lesquelles la France entame une coopération qui va aller en augmentant. En particulier avec les Emirats arabes unis et Qatar. Sur les bases solides créées par ses prédécesseurs, le Président Giscard d’Estaing peut donner à la politique arabe de la France un tournant décisif, notamment en s’engageant résolument en faveur d’une paix juste et durable au Proche-Orient. Dès 1975, le président Giscard d'Estaing autorise l'ouverture d'un Bureau de l'OLP à Paris. En mars 1980, lors d’un voyage dans le Golfe, qui le mène à Riad, Abou Dhabi, Qatar et Koweït, Giscard d’Estaing est le premier chef d’État occidental à affirmer que les conditions de la paix au Proche-Orient passent par le droit des Palestiniens à l’autodétermination. Quelques mois plus tard, Paris est à l’origine de la déclaration européenne de Venise, demandant que l’OLP soit associée au processus de négociation de la paix au Proche-Orient.

Par ailleurs, quand éclate la guerre entre l’Irak et l’Iran, le 4 septembre 1980, la France choisit clairement son camp contre la menace hégémonique perse et l’intégrisme, dont Paris a rapidement pris la mesure du danger qu’il constitue pour la région. En effet, à la différence de quelques États européens (Allemagne, Italie) habitués aux positions à courte vue, et en opposition à la politique des États-Unis d’Amérique et de la Grande-Bretagne qui, de longue date, jouent avec le feu en entretenant de bien étranges connivences avec les organisations intégristes extrémistes, la France a toujours considéré qu’il convenait de juguler le fléau du fanatisme religieux, propre à empêcher tout développement et tout progrès des pays arabes.

Après l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981 et la formation d'un gouvernement socialo-communiste, beaucoup craignent que la politique arabe de la France connaisse un coup d'arrêt du fait des anciennes accointances de nombreux dirigeants socialistes avec l'Etat sioniste. Mais le réalisme l'emporte, en particulier grâce au ministre des affaires étrangères Claude Cheysson qui veille à préserver l'essentiel de la politique arabe de la France. Après un voyage en Israël qui lui permet de découvrir l'esprit extrémiste des dirigeants sionistes, Mitterrand retrouve grosso modo les grandes lignes de la diplomatie inaugurée par le général de Gaulle. En juin 1982, la France dénonce l'invasion israélienne du Liban et elle va contribuer à imposer un accord de cessez-le-feu qui permettra un retrait dans de bonnes conditions des combattants de l'OLP et de Yasser Arafat. Sur le front Irak - Iran, la France intensifie son aide à l'Irak qui finalement remportera la victoire en 1988. Paris apporte également son soutien aux efforts du président Ali Abdallah Saleh pour réunifier le Yémen.

Mais la politique du gouvernement socialiste est loin d'avoir le souffle et l'envergure de ses prédécesseurs. Ainsi, malgré quelques tentatives, Mitterrand ne parviendra pas à faire prévaloir une solution négociée et pacifique à la crise ouverte par l'invasion du Koweït en août 1990. Pire, il acceptera que la France participe à la première guerre américaine contre l'Irak et, du coup, à partir de 1991, la politique arabe de la France va vivre au ralenti jusqu'à l'élection du président Jacques Chirac en 1995. C'est l'ancien ministre des affaires étrangères de François Mitterrand, Claude Cheysson qui affirme: "La France n’a plus guère eu de politique arabe après 1985". Il souligne aussi qu’avec Jacques Chirac elle a "de nouveau une politique arabe"

En effet, depuis l’élection de Jacques Chirac à la présidence de la République Française, les relations franco-arabes ont connu un nouvel élan. Outre l'accent mis sur le renforcement des liens entre Paris et les Etats du Maghreb, cette relance apparaît dès le 8 avril 1996, à l'université du Caire où le président français affirme que "la politique arabe de la France doit être une dimension essentielle de sa politique étrangère… Je souhaite lui donner un élan nouveau, dans la fidélité aux orientations voulues par son initiateur, le général de Gaulle… Cette vision continue de guider la politique de la France. Une politique qui repose sur quelques grands principes, inspirés par la qualité particulière de la relation que Français et Arabes ont nouée de longue date." Quelques mois plus tard, le 6 juillet, le président Chirac aura l'occasion de rappeler, à Djeddah que la France entend développer et amplifier une politique arabe. En octobre, il effectuera une tournée au Proche-Orient, visitant tour à tour la Syrie, l'Etat d'Israël et les Territoires palestiniens où, après une visite houleuse de la vieille ville de Jérusalem, il prononcera le 23 octobre 1996 devant le Conseil législatif palestinien réuni à Ramallah un discours pour réaffirmer les droits nationaux du peuple palestinien : "Victimes d'une histoire qui n'était pas la leur, les Palestiniens sont devenus un peuple sans terre… Il n'y aura de paix durable que si sont respectés le droit à l'autodétermination du peuple palestinien et ses aspirations légitimes à disposer d'un Etat " Il se rendra ensuite en Jordanie, en Egypte et au Liban où il aura l'occasion de souligner que la France s'est toujours tenue aux côtés du Liban… Elle entretient avec le Liban une relation historique très dense, séculaire, des siècles de relations, de liens qui se sont tissés entre les cœurs et les esprits des Libanais et des Français. Une relation - je crois qu'on peut le dire- à nulle autre pareille". L'engagement français au côté du Liban, qui s'était déjà manifesté au printemps 1996 pour tenter d'obtenir un arrêt des hostilités entre l'Etat hébreu et la Résistance libanaise au Liban-sud et la création d'un comité de surveillance du cessez-le-feu co-présidé par les Etats-Unis et la France, se traduira également par une notable augmentation de l'aide financière française.

Parallèlement, la France va se montrer plus active sur le dossier irakien. Après avoir contribué de façon décisive au vote de la résolution 986 du Conseil de sécurité de l'ONU autorisant des exportations de pétrole irakien en échange de l'importation par Bagdad de nourritures et de biens de première nécessité, Paris va contester la poursuite de l’embargo qui pénalise le peuple irakien, se déclarer hostile aux bombardements anglo-américains contre l’Irak et exprimer le souhait que le règlement définitif de cette affaire trouve sa solution dans la stricte application des seules résolutions des Nations unies. Selon le gouvernement français, il est important de s'en tenir à une approche cohérente et éviter toute initiative militaire aventureuse qui pourrait mettre le feu à la région et susciter de nouveaux fanatismes. C’est ainsi que Paris se retrouvera confronté aux Etats-Unis qui préparent ouvertement une nouvelle guerre contre l'Irak.

La réélection de Jacques Chirac en 2002, qui a mis fin à la période de cohabitation avec un gouvernement socialiste, a permis une relance significative de la politique arabe de la France et de l'affirmation de son rôle au Proche-Orient. Ainsi, c'est l'honneur de la France d'avoir été le porte-parole de la majorité de la communauté internationale en déployant tous ses efforts pour tenter d'empêcher la guerre contre l'Irak. Fort de l'appui massif du peuple français et du plus grand nombre des peuples du monde, le président Jacques Chirac aura été l'un des seuls chefs d'Etat du monde à avoir la lucidité et le courage de prendre la mesure des conséquences de la guerre sur le plan moral, politique et stratégique. La menace d'un veto français au Conseil de sécurité des Nations Unies a empêché Washington de donner à son agression de mars 2003 la moindre couverture de légalité. Il est aujourd'hui démontrer qu'aucun des griefs allégués par Washington contre le gouvernement baassiste n'était fondé et ce qu'avait prévu la France est arrivé: au terme d'une guerre illégale, les Etats-Unis occupent un pays où ils se heurtent à l'hostilité de la population et à une Résistance de plus en plus active.

L'invasion de l'Irak et la carte blanche donnée par l'administration américaine au gouvernement extrémiste israélien qui renie les accords d'Oslo et veut tout simplement maintenir son occupation des territoires palestiniens, nourrit un immense sentiment de colère et d'humiliation dans le monde arabe et musulman, favorise les extrémismes et accentue les risques d'instabilité dans tout le Proche-Orient. Dans ces conditions, c'est encore à la France qu'il appartient de conforter une politique arabe qui est non seulement de nature à permettre un rééquilibrage des forces dans la région, mais encore est l'expression d'une doctrine traditionnelle, d'une philosophe politique et de choix stratégiques.




II- La philosophie de la politique arabe de la France


La France attache un prix particulier à son indépendance, principe qui a guidé la politique étrangère engagée sous l'impulsion du général de Gaulle dans les années soixante. Celui-ci a fondé son action sur la mise en œuvre d'une capacité de défense autonome et crédible, reposant sur la dissuasion nucléaire. Dans le même esprit, certaines initiatives diplomatiques spectaculaires ont été prises, notamment au Proche-Orient ou en Asie, démontrant que la France demeurait pleinement maîtresse de ses analyses et de ses choix de politique étrangère.

La France qui est l'une des plus vieilles nations d'Europe, a toujours revendiqué et exercé une influence sur les affaires du monde. Aujourd'hui, elle est l'un des 5 membres permanents du Conseil de sécurité, la troisième puissance militaire du monde, la quatrième puissance économique, puissance morale, exerçant une grande influence culturelle et artistique, elle entretient des relatons privilégiées avec de nombreuses nations, notamment les cinquante pays membres de l'Organisation internationale de la Francophonie. Son rôle international s'inscrit dans une vision du monde qui lui est propre. Inspirées par une commune volonté d’indépendance, véritable acte d’émancipation réciproque, les relations franco-arabes constituent également un bon exemple de l’exception française.

Dans toute grande politique il y a une philosophie de la vie. Depuis toujours, la vision que la France se fait du monde préconise un ordre international équilibré et respectueux du droit des peuples à rester eux-mêmes et à choisir librement leur propre destin. La clé de voûte de la politique française depuis plus de 2 000 ans est le refus des empires dominateurs et la recherche de l’équilibre entre les nations. Aux hégémonies et aux rêves impérialistes, elle oppose le respect de la liberté des nations et de la dignité des Etats. C'est pourquoi, la France a toujours été solidaire des nations qui avaient besoin de son appui. Comme le disait le général de Gaulle, il existe "un pacte vingt fois séculaire entre la politique de la France et la liberté du monde."

La France a pour principe le respect de l'Etat de droit et la coopération entre les nations, d'où ce double souci de la France de sauvegarder son indépendance nationale tout en œuvrant au développement de solidarités régionales et internationales. Sa politique d’équilibre l’a conduit du temps du système bipolaire, opposant les Etats-Unis et le bloc soviétique, à préconiser une troisième voie et à se rapprocher de tous ceux qui refusaient d’être soumis à l’un des deux blocs. Depuis l’effondrement du bloc soviétique en 1990, la France refuse la constitution d’un monde unipolaire dominé par une superpuissance. Elle recherche un équilibre international qui passe par l’organisation d’un monde multipolaire fondé sur la préservation des nations et des identités. Elle plaide pour le respect du droit des peuples à la libre détermination de leur destin, à l'affirmation de leur indépendance et à leur droit à la sécurité.

Enfin, la France préfère les dialogues constructifs aux affrontements entre les civilisations. Elle plaide pour le respect de la diversité et s'oppose à la construction d'un monde unipolaire et à l'uniformisation des standards de vie et de pensée. Surtout, la France rejette la thèse du choc des civilisations exposées par l’écrivain états-unien Samuel Huntington et qui correspond à certains tropismes de la politique des Etats-Unis. Si l’on veut organiser un monde nouveau qui puisse être un monde de sérénité et non pas un monde conflictuel, c’est un impératif essentiel de privilégier et de développer le dialogue des civilisations face à l'incompréhension, face aux malentendus, face à l'intolérance.

Ce dialogue des civilisations est essentiel pour permettre à nos peuples de mieux se comprendre, de mieux s'apprécier et de créer le climat propice à la recherche de la paix et de l’harmonie dans les relations internationales. Lors d’une visite à Abou Dhabi, le 13 novembre 2001, le président Jacques Chirac déclarait : « nous avons beaucoup insisté, le cheikh Zayed et moi-même, sur la nécessité, dans un monde qui évolue par grandes unités, un monde multipolaire qui s'affirme de plus en plus, la nécessité d'avoir un vrai dialogue des cultures, de rejeter tout ce qui est opposition entre les cultures, entre les civilisations, entre les religions et sur la nécessité de provoquer le maximum de liens fondés sur le dialogue, lequel ne peut être fondé que sur le respect de l'autre, des autres et de leurs convictions, ce dialogue des cultures qui est une notion chère au cheikh Zayed, qui est un sage, est d'autant plus indispensable aujourd'hui que l'évolution du monde est ce que nous savons… »

La mission essentielle que la France s’assigne est de participer activement à la construction d’un ordre mondial nouveau qui ne soit pas celui de la globalisation-américanisation éradicatrice des nations, des peuples et de leurs cultures. Il faut imaginer un réaménagement de notre planète de façon à ce qu’elle soit mieux équilibrée. Il ne sert à rien de parler de dialogue des cultures si on laisse se creuser le fossé économique et technologique entre les peuples. Le dialogue des cultures n’est qu’un slogan si on ne prend pas la mesure du problème posé par l’absence de conversation entre le Nord et le Sud, c’est à dire la prétention du Nord, ou d’un certain nombre de puissances du Nord. Cela suppose de mettre en place les structures d'un dialogue permanent fondé sur le respect de l'autre, sur la compréhension de l'autre, sur la connaissance de l'autre.

En outre, pour que le dialogue des civilisations puisse s’instaurer et porter tous ses fruits, cela suppose également d'éteindre les feux là où ils existent encore et de régler les problèmes qui engendrent l’incompréhension, l’humiliation et le fanatisme. C’est l’un des objectifs de la politique arabe de la France. En effet, c'est dans le cadre des objectifs constants de sa politique étrangère qu'il convient de replacer la politique arabe de la France et le rôle qu'elle entend jouer au Proche-Orient.


III- Le jeu de la France au Proche-Orient


La solidité de la politique arabe de la France qui repose sur des principes et des objectifs stratégiques essentiels est indéniable. Les relations entre la France et les pays arabes se caractérisent par leur aspect global. Elles sont exemplaires dans tous les domaines : économique, culturel et politique.

S’il est clair que la politique arabe de la France ne repose pas sur de simples aspects mercantiles et sur les fluctuations du prix du pétrole, cela ne signifie pas que les échanges économiques doivent être méprisés. La coopération économique est, bien entendu, l’une des facettes des relations entre les Etats. La mondialisation n’a rien inventé : de tout temps les sociétés humaines ont produit de biens et les ont échangés. On ne peut ignorer les rapports étroits entre les dimensions politique et économique dans la mesure où le besoin d’échanger et les intérêts réciproques contribuent à fonder et consolider les relations entre les Etats. La coopération économique, notamment entre des pays complémentaires, est donc l’une des formes de la coopération politique. Personne ne peut nier que l ‘économie revêt un aspect stratégique. C’est notamment le cas pour le commerce du pétrole qui reste la première source énergétique mondiale et qui, nous le savons, contribue à déterminer le jeu de certaines puissances dans une région qui détient près des 2/3 (deux tiers) des réserves mondiales.

Le renouveau des relations franco-arabes à partir des années 1960 s’est donc accompagné d’une montée en puissance des relations économiques et commerciales. Dès 1970, la Chambre de commerce franco-arabe a été créée afin de favoriser et développer les relations commerciales, industrielles et financières entre la France et les pays arabes. En même temps, l’implication du pouvoir politique a encouragé un développement spectaculaire des échanges. Entre 1970 et 1980 les échanges commerciaux franco-arabes ont été multipliés par 5. En 2001, la France était le premier partenaire commercial des pays arabes parmi les quinze nations de l’union européenne. A elle seule, la France assure 33% des échanges entre les quinze membres de l’union européenne et les vingt-deux pays membres de la Ligue des Etats arabes. Ce pourcentage est encore supérieur si l’on ajoute la coopération dans le domaine militaire dont les objectifs sont à la fois économiques et politiques.

La coopération économique revêt un volet encore plus fondamental qui concerne le développement économique et social des pays arabes. La France est l’un des grands Etats industrialisés qui œuvre le plus pour ne pas laisser se creuser le fossé entre les pays riches et les pays moins développés. C’est par exemple le cas lorsqu’elle intervient dans les instances internationales spécialisées pour obtenir des aides ou des réductions de la dette des pays en développement. La France a ainsi permis d’alléger la dette ou de trouver des crédits en faveur de pays comme le Yémen, le Liban, le Maroc, la Jordanie etc. Par surcroît, la France est l’un des premiers contributeurs en matières d’aides financières ou d’investissement dans les pays arabes les moins développés, par exemple en Palestine.


Sur le plan culturel, pour les raisons historiques qui ont été rappelées, la France est un pays occidental qui a toujours manifesté de l’intérêt et de la curiosité pour la civilisation arabo-musulmane. Le fait que près de 2, 5 millions de citoyens français soient d’origine arabe et de confession musulmane renforce cet intérêt. La coopération culturelle entre la France et les pays arabes est donc importante. Dans ce domaine encore la volonté politique a été déterminante. Par exemple, en 1979, le président Giscard d’Estaing a considéré qu’il convenait de promouvoir les rapports culturels et de mettre en place les conditions d’une meilleure compréhension réciproque. Il s’agissait de mettre la coopération culturelle et humaine en harmonie avec le développement des relations politiques et économiques. C’est dans ces conditions qu’a été fondé l’Institut du Monde arabe de Paris. Ce prestigieux Institut a été conçu pour faire connaître et rayonner la culture arabe et favoriser les échanges culturels et la coopération dans les domaines scientifique et technique. L’importance et le succès populaire des grandes expositions et manifestations qui s’y déroulent attestent aujourd’hui du succès de cette initiative.

Par ailleurs, la France développe un important programme de coopération culturelle et universitaire avec un grand nombre de pays arabes. Il est notable que la promotion de l’enseignement de la langue arabe a progressé dans de nombreux établissements scolaires français et on peut regretter qu’il n’en soit pas de même au profit de la langue française dans certains pays arabes. Toutefois, il est important de signaler que sept Etats arabes sont membres de l’Organisation internationale de la Francophonie : La Mauritanie, le Maroc, la Tunisie, l’Egypte, le Liban, Djibouti et les Comores – sans compter l’Algérie dont une grande partie de la population parle le français en plus de la langue arabe maternelle. L’Organisation internationale de la Francophonie rassemble une cinquantaine d’Etats et plusieurs centaines de millions de personnes des cinq continents. Cette Organisation défend la diversité culturelle et prône la coopération entre les grands ensembles linguistiques et culturels de la planète, par exemple avec le monde hispanophone ou le monde arabophone. Le Sommet des chefs d’Etat de la Francophonie internationale qui s'est tenu avec succès à Beyrouth, en octobre 2002, sur le thème du dialogue des cultures a permis d'une part de mettre en avant l'objectif prioritaire du combat pour le dialogue des cultures et, d'autre part, de renforcer les liens entre le monde francophone et le monde arabophone.


Sur le plan politique, il doit être clair que la politique de la France au Proche-Orient ne se résume au problème du conflit israélo-arabe. Si cette politique privilégie d’abord le soutien aux droits légitimes des peuples arabes, elle se traduit également par la volonté de promouvoir des relations d’amitié et de coopération multiple avec tous les pays arabes. A cet égard, il faut souligner que la France ne joue pas certains Etats arabes contre d’autres et qu’elle refuse de prendre parti dans les différends qui peuvent survenir entre des pays arabes. Elle tente au contraire de jouer un rôle de médiateur chaque fois que cela est possible et souhaité par ses amis arabes. Il est incontestable que la politique arabe de la France part d'un postulat : il existe un ensemble arabe marqué par des liens étroits en matière culturelle, linguistique, sociale historique, géopolitique. La politique arabe de la France part du principe que le monde arabe constitue une réalité géopolitique qui doit pouvoir s’organiser au moins aussi bien qu’ont su le faire les nations européennes. Lors de son discours du Caire, en avril 1996, le président Jacques Chirac a affirmé: "nous soutenons l'aspiration des peuples arabes à la solidarité et à l'unité… Indépendance et rapprochement peuvent aller de pair. La France apporte son appui à la Ligue arabe et aux regroupements régionaux qui s'affirment du Maghreb au Machrek".

La France est donc favorable à une plus grande unité et à une meilleure coopération entre les pays arabes, elle souhaite voir se constituer un ensemble arabe qui serait pour elle un partenaire privilégié. C'est pourquoi, à la différence des Etats-Unis, la France se félicite de toutes les initiatives qui peuvent être prises pour favoriser la consolidation d’une organisation des pays arabes qui est un facteur de stabilité régionale et mondiale. Malgré qu'en ait eu un ministre socialiste de passage, il existe donc bel et bien une politique arabe de la France. Pas une politique méditerranéenne, ce qui ne veut strictement rien dire. Pas une politique de la France au Proche-Orient, ce qui ne viserait qu'à ménager la chèvre et le chou et à brouiller le message. Oui, une politique arabe, qui repose sur des bases solides et une vision géopolitique précise. Dans cette partie du monde, les amis de la France sont les Arabes, les partenaires naturels de la France sont les Arabes, les intérêts fondamentaux de la France sont du côté des Arabes.


Forte des principes traditionnels qui fondent sa politique arabe, la diplomatie française joue donc au Proche-Orient un jeu original centré sur des objectifs essentiels.

Depuis le général de Gaulle, la France est consciente que l’absence de paix dans la région et la politique d’ingérence de certaines puissances étrangères constituent un risque majeur et peuvent avoir des conséquences graves. Le premier le général de Gaulle avait souligné dès 1967, que l’occupation israélienne et la répression engendreraient la résistance que l’on taxerait de terrorisme, provoquant une spirale sans fin de violences et de misères. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. Faute de règlement des questions qui traînent depuis des décennies, le monde devient de plus en plus fragile et incertain. Les attaques contre New York et Washington, le 11 septembre 2001, ont montré qu’il y a désormais urgence à traiter les crises régionales comme celle du Proche-Orient. Ces crises sont d’ailleurs de moins en moins régionales car les répercussions sont susceptibles de s'étendre bien au-delà de leur foyer d'origine.

Bien sûr, tout pays affirme que sa diplomatie tend à la paix et à une meilleure entente entre les peuples. Il y a peu de puissance qui prétend que sa politique recherche la guerre et la haine. Mais il ne suffit pas de répéter que l’on veut la paix, encore faut-il créer les conditions d’une véritable paix. Pour la France, la paix ne peut être imposée selon les intérêts d’une superpuissance et de son allié privilégié dans la région. Elle ne peut être non plus imposée par la force : elle doit être globale, juste et durable.

Concernant le conflit israélo-arabe, la position de la France est très ferme. Les principes défendus par la France sont bien connus :

- Il faut mettre fin à l’occupation israélienne de 1967 de tous les territoires arabes sur la base des résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité ;
- Il s’agit de prendre en compte l'aspiration des Israéliens à vivre en sécurité, à l'intérieur de frontières sûres ;
- Il faut créer un Etat palestinien indépendant, démocratique et viable. Le terme viable est extrêmement important car il montre que la France refuse une fausse solution visant à création d’un Etat palestinien au rabais, une sorte de Bantoustan. Par ailleurs, la France estime que personne n’a le droit de dicter aux Palestiniens le choix de leurs dirigeants. Le ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin a souligné, le 29 juillet 2002, qu'il appartient aux Palestiniens de déterminer leur dirigeant. Yasser Arafat est le responsable élu du peuple palestinien ;
- Il faut trouver, par la négociation, une solution juste de toutes les questions pendantes relatives au statut permanent du futur Etat palestinien, en particulier la question de Jérusalem et des réfugiés ;
- Il faut une normalisation des relations entre tous les pays de la région.

Pour parvenir à cet objectif la France estime que la communauté internationale doit enfin de mobiliser sérieusement et assumer ses responsabilités. La France plaide pour la nécessité d'une Conférence internationale. Selon le ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin : « La Conférence internationale constitue la meilleure façon d'avancer. Forts de la conviction qui est la nôtre, qu'il existe aujourd'hui un grand consensus sur la scène internationale quant à l'objectif qui est visé de création d'un Etat palestinien capable de vivre en paix et en sécurité aux côtés d'Israël, cette Conférence constitue le cadre le plus approprié pour faire avancer les choses. Elle pourrait se tenir d'abord au niveau technique, puis au niveau ministériel et permettrait de fixer les termes de références et le cadre général de la négociation. »...

Selon Paris, la plate-forme des pourparlers pourraient s’établir sur la base qui forme désormais le socle du consensus international : les résolutions 242, 338, 1397 du Conseil de sécurité ; les principes de la conférence de Madrid et notamment le principe de l’échange des territoires contre la paix ; les accords d’Oslo ; l’acquis des négociations passées ; la proposition saoudienne de paix entérinée par le Sommet arabe de Beyrouth et réaffirmée par le sommet tripartite de Charm El Cheikh. Le souhait de Paris est de parvenir à un règlement global, l'objectif est celui d'un statut permanent et c’est pourquoi elle préconise que l'ensemble des parties puisse être associé à cette conférence, notamment la Syrie et le Liban ainsi que les Etats arabes les plus concernés (Egypte, Jordanie…). La France souhaite enfin une pleine implication des pays de l’union européenne et de la Russie afin que la conférence internationale soit la plus impartiale et le plus équilibrée possible.

En outre, la France affirme qu’aucun aspect de la question globale ne doit être mis de côté, qu’il s’agisse de la libération des territoires syriens occupés et du respect de la souveraineté pleine et entière du Liban sur l’ensemble de son territoire. A cet égard, il est remarquable que la France est la seule grande puissance à apporter son soutien constant au Liban qui ne doit pas faire les frais de la paix comme il fait les frais de la guerre.


Mais on ne peut dissocier totalement la crise israélo-arabe du règlement de la question de l’Irak qui elle aussi crée des facteurs de troubles et de mécontentement dans le monde arabe. Sur cette question, la France a une position sans équivoque. Après s'être opposé à la guerre illégale conduite par les Etats-Unis, elle prône le retrait des forces d'occupation, un mandat de l'Onu pour gérer une brève période de transition et un rétablissement rapide de la souveraineté de l'Irak. Par ailleurs, elle est attachée à l’intégrité territoriale de l’Irak qui est une condition de la stabilité régionale et, conformément à sa diplomatie traditionnelle, elle refuse l’ingérence dans les affaires intérieures de ce pays en estimant que c’est aux Irakiens de choisir leurs dirigeants et non à une quelconque puissance étrangère. Pour Paris, il est clair que c'est au peuple irakien de décider de son avenir.


Par conséquent, la France œuvre pour une paix juste, globale et durable dans le respect du droit des peuples et de l’intégrité des nations. Cette paix doit être le fruit de négociations dans le cadre des Nations unies et impliquant toutes les grandes puissances. C’est la condition d’une stabilité dans toute la région qui permettra à la fois de réduire les risques de tension extrémiste et de favoriser le dialogue entre les deux rives de Méditerranée

-Enfin, la France cherche à convaincre ses partenaires au sein de l’union européenne à s’investir davantage dans la recherche de la paix et de la stabilité au Proche-Orient. Il est indéniable que l’Europe des 15 d'hier, et encore moins l’Europe des 25 de demain, ne peut prétendre avoir réellement une diplomatie commune. En effet la diplomatie est par définition le fait des nations. Or l’Europe n’est pas une nation mais une organisation régionale d’Etats-nations. La guerre états-unienne contre l'Irak en mars 2003 a démontré les divergences fondamentales qui opposent les nations européennes sur la conduite des affaires internationales et, dans une certaine mesure, elle a sonné le glas du rêve d'une politique étrangère européenne commune. Cependant, il est souhaitable de parvenir à un minimum de convergence entre les nations européennes.

Aujourd’hui, celles-ci ont des positions très divergentes sur les questions du Proche-Orient : la Grande-Bretagne s’est alignée totalement sur les Etats-Unis, le Premier ministre italien souscrit à une certaine vision américaine concernant le choc des civilisations et parle de l’infériorité de la civilisation islamique, l’Allemagne s’intéresse surtout à ses intérêts en Europe centrale… Seule la France a une politique clairement affirmée, proche des préoccupations de l’ensemble de la nation arabe. Dans ces conditions, c’est autour de la politique arabe de la France que les nations européennes pourraient trouver une position commune et s’employer d’une part à faire contrepoids à la superpuissance états-unienne et, d’autre part, à intensifier la coopération dans tous les domaines avec les pays arabes.




En conclusion, la politique arabe de la France reste l’un des moteurs du rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée et, plus largement entre le Nord et le Sud. Aujourd’hui, ce dialogue entre les peuples héritiers d’un même tronc de la civilisation qui a vu le jour entre les rives du Tigre et de l’Euphrate et celles de la Méditerranée est une ardente obligation si nous voulons rester fidèles à une certaine image de nous-mêmes, si nous voulons résister à l’uniformisation au profit d’un seul grand empire qui aspire à devenir le maître du monde et si nous voulons enfin rejeter le cauchemar d’un apocalyptique choc des civilisations qui conduirait à la fin de toutes les civilisations.

L’enjeu est de continuer, Français et Arabes, à rester des acteurs de l’Histoire. L’enjeu c’est de faire en sorte que nos vieilles nations restent fidèles à leur valeur, renouent les anciennes solidarités et reprennent les dialogues féconds qui ont fait de nos régions un foyer de civilisation, de coopération et de dialogues pertinents.

C’est cette ambition partagée qui est le plus solide ciment des relations franco-arabes.
 

 

 

 

 

 

 

 

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