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Cinquantenaire du Code du statut personnel en Tunisie


Entretien avec Saloua Ayachi Labben Ministre des Affaires de la femme, de la famille et de l'enfance

La Tunisie célèbre en 2006 le cinquantenaire de la promulgation du Code du Statut Personnel qui a permis l’émancipation de la femme et la construction d’une société moderne dans un pays en plein développement. A cette occasion, Zeina el Tibi, présidente de l’OEG, a rencontré, à Tunis, Mme Saloua Ayachi Labben, ministre des Affaires de la femme, de la famille et de l'enfance.


Z.T. : Qu’est-ce que ce statut représente pour la femme tunisienne ?

ISaloua Ayachi Labben. Le Code du Statut Personnel a été promulgué, en août 1956, par le premier président de la République, Habib Bourguiba. Cette réforme a tout changé pour la femme et la famille en Tunisie. On peut affirmer que le pays a assisté à une véritable révolution en 1956. Après l’indépendance, sociale, la libération de la patrie, il y a eu la libération de la femme et la rénovation de la société. Jusqu’alors, la femme était considérée comme mineure et elle était dépendante d’une société patriarcale. Grâce à cette loi, la polygamie a été interdite, l’âge du mariage a été réglementé et fixé à l’âge de 17 ans, le divorce est devenu judiciaire et il a cessé d’être arbitraire. Cette loi a donc révolutionné le rapport dans la famille. Le système sur lequel la famille tunisienne se base est aujourd’hui différent de celui des familles des autres pays musulmans. La famille est constituée d’un seul noyau. En outre, la femme a les mêmes droits que les hommes.


Est-ce que ce texte a eu une portée pratique ?


Bien sûr. Pour l’accompagner et permettre sa mise en oeuvre, plusieurs programmes importants avaient été mis en place, par exemple la démocratisation de l’enseignement, la mise en place de programmes de santé pour la mère et l’enfant, une politique de planification familiale, etc. Tout ceci a eu un impact très important sur l’évolution de la femme en Tunisie depuis les années 60. Par ailleurs, la femme a commencé a joué un rôle de plus en plus important dans le monde du travail.


Mais cette évolution n’a-t-elle pas suscité des réticences de la part des milieux conservateurs ?


Tout mouvement de réforme est toujours accompagné de critique de la part des milieux obscurantistes. Au milieu des années 80, il y a eu un mouvement intégriste dans tous les pays arabes et musulmans, qui a essayé de pénétrer dans la mentalité des gens. Nous avons eu en Tunisie un mouvement qui critiquait les droits obtenus par la femme et demandait un retour en arrière. Mais, le gouvernement a été ferme. En 1987, lors de sa venue au pouvoir le président Zine El Abidine Ben Ali a voulu, parmi ses premières déclarations et ses premières décisions, rappelé son attachement au Code du statut personnel de la femme. Il a déclaré que c’était un acquis national et civilisationnel sur lequel il n’était pas question de revenir. Depuis, le président Ben Ali et le gouvernement n’ont cessé de consolider cet acquis par toute une série de mesures qui ont permis de consolider et d’améliorer la condition des femmes. Des réformes très importantes ont été apportées au code en 1992 pour ancrer la femme dans l’égalité et introduire un nouveau concept de partenariat entre les hommes et les femmes. Ce partenariat est résumé dans toute sa philosophie dans l’article 23 du Code du statut personnel. L’obligation de la soumission de la femme au mari a été remplacée par le principe de se traiter mutuellement avec respect et d’avoir un partenariat dans la participation dans les affaires de la famille.

Avec le président Ben Ali nous avons eu une vision globale et stratégique, la femme et la famille sont devenus une composante dans les plans d’action nationaux. Cette préoccupation s’inscrit dans notre stratégie de développement car un pays ne peut progresser que s’il marche sur ses deux pieds, sans laisser à l’écart la moitié de la population. On peut dire que le développement et la modernisation de la Tunisie ont été facilités par cette politique réformiste qui a permis de faire participer les femmes à l’effort national. Une des mesures fut la création d’une institution comme le Ministère de la femme et de la famille puis le centre de documentation et d’information sur les femmes, en 1991.Il a également été créé une commission nationale de la femme et de la famille. On a procédé à la nomination de chargés de mission dans les différents ministères. Un plan d’action au profit de la femme rurale a été mis en place. On a aussi promulgué une loi rendant la scolarité obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans, cette loi a beaucoup bénéficié aux filles surtout dans le monde rural.


Le mouvement est donc bien lancé ?


Assurément. Dernièrement à l’occasion du cinquantenaire de la promulgation du code du statut personnel, le président Zine El Abidine Ben Ali a rappelé son attachement au Code du Statut Personnel qui donne à la femme tunisienne un statut unique dans le monde arabe et est l’exemple de la politique moderne menée par la Tunisie. Il a déclaré que ce statut est en perpétuelle évolution et il a annoncé deux projets de loi : l'un pour renforcer le droit au logement au profit de la mère ayant la garde des enfants et l'autre pour unifier l'âge minimum au mariage, le fixant à 18 ans pour les jeunes des deux sexes.


En même temps est-ce que la femme tunisienne a pu s’insérer dans la vie publique ?


Oui. Il y a des femmes dans la vie politique à tous les niveaux. Il y a des femmes ministres. Au parlement, les femmes représentent 22, 5 % des députés. Le quota n’est pas institutionnalisé, mais le parti au pouvoir, le RCD, a décidé de réserver un quota aux femmes dans toutes les représentations gouvernementales. Dans le comité central du RCD, par exemple, les femmes représentent plus de 27%. Dans les municipalités elles sont autour de 26%. Les femmes sont présentent dans toutes les instances élues. C’est une politique volontariste qui se poursuivra puisque, dans son discours inaugural de campagne électorale en 2004 , le président Ben Ali a annoncé que d’ici 2009 les femmes ne doivent pas être moins de 30% dans toutes les instances élues et dans les postes de décisions. Nous avons créé un groupe de travail qui est chargé de suivre l’évolution de la participation des femmes dans la vie publique active, pour qu’on puisse arriver à ce chiffre.


Aujourd’hui, quelles sont les priorités ?


Il y a encore beaucoup de défis à relever. Notre prochain but est l’amélioration de la participation économique de la femme. Beaucoup d’entre elles se trouvent dans le secteur informel. Si elles sont environ 27% sur le marché de l’emploi, nous pensons que nous devons les aider à s’accomplir totalement. Elles font des études très poussées et donc elles doivent pouvoir trouver une place dans la société active. Par ailleurs il faut pouvoir concilier entre la vie familiale et la vie professionnelle. Sur ce point, une récente mesure du président de la République vise à permettre aux mères de travailler à mi- temps en gagnant le 2/3 du salaire. A partir du 1er janvier 2007, les femmes pourront en bénéficier. Nous travaillons également sur la femme et la technologie. Parallèlement, nous avons une stratégie de communication pour accompagner ces mesures et faire évoluer la mentalité. Parmi nos priorités il y a aussi la femme rurale qui doit pouvoir arriver au même niveau que la femme urbaine.


Le bilan est donc positif ?


La Tunisie se distingue par sa trajectoire exceptionnelle. C’est une expérience réussie, ce n’est pas une approche tâtonnante. Elle est bien ancrée et elle pourrait servir d’exemple aux autres pays arabes. Il faut préciser que cet esprit de réforme et de progrès est conforme à nos valeurs arabo-musulmanes. Nous sommes très attachés à notre ère civilisationnelle et à nos traditions, mais la vraie tradition n’est pas conservatrice et n’exclut pas le progrès et la modernité. Les femmes tunisiennes sont très fières à leur identité arabo-musulmane, de culture et leur civilisation et en même temps elles sont très modernes. En Tunisie, nous sommes musulmanes et modernes.

A la suite de la Première Guerre mondiale, la France exerce un mandat sur le Liban et la Syrie. Elle a un protectorat sur la Tunisie et le Maroc et est présente en Algérie. Cette présence française dans de nombreux pays arabes renforce l'intérêt des Français pour le monde arabe et la religion musulmane. En hommage aux soldats musulmans qui ont lutté aux côtés des Français contre l'Allemagne, est construite à Paris la première mosquée dans un pays d'Europe occidentale.
 

(août 2006)


 

 

 

 

 

 

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