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Visite d’intellectuels Français en Arabie Saoudite
Le Royaume Fermement Engagé Dans la Voie des Réformes et La Lutte Contre le Terrorisme


De notre envoyée spéciale à Riyad, Zeina EL-TIBI


A l’initiative de l’Observatoire d’études géopolitiques (OEG) et de la revue française “Etudes Géopolitiques”, une délégation d’universitaires et de chercheurs français a effectué un voyage d’étude en Arabie saoudite du 2 au 7 juillet 2004. Alors que le ro-yaume saoudien s’engage, résolument, dans la voie des réformes et combat fermement les groupuscules terroristes souvent manipulés par l’étranger, qui tentent de le déstabiliser, ces intellectuels français, les premiers à se rendre dans le pays depuis la série d’attentats terroristes des derniers mois, ont voulu juger par eux-mêmes la situation dans ce pays mal connu et faisant l’objet de nombreuses campagnes hostiles de désinformation.



La délégation française, composée du professeur Michel de Guillenchmidt, doyen de la Faculté de droit de l’Université René Descartes Paris V; du professeur Edmond Jouve, directeur de l’ORIDEF; du doyen Jean-François Poli, François-Bernard Huyghe, président de l’Observatoire d’Infostratégie et de Charles Saint-Prot, directeur de l’Observatoire d’études géopolitiques, rédacteur en chef de la revue “Etudes Géopolitiques”, a participé à plusieurs tables rondes avec des universitaires, intellectuels et journalistes saoudiens à Riyad et à Djedda.
 


Un grand vent de réforme
Les séances de travail entre les Français et les personnalités saoudiennes ont porté sur les thèmes suivants: la situation au Proche-Orient après l’invasion de l’Irak, la situation politique, sociale et les réformes en Arabie saoudite, la coopération franco-saoudienne. La délégation a, également, rencontré des représentants du Conseil consultatif et des personnalités féminines de la presse et de l’université. Des discussions très franches ont permis aux universitaires français de prendre la mesure de la complexité de la société saoudienne confrontée au défi de la modernité et de constater que, sous l’impulsion de la monarchie, le pays connaît un grand vent de réformes dans tous les domaines. Des échanges de vues avec plusieurs intellectuelles saoudiennes, ont permis de constater que, contrairement aux idées préconçues, les femmes saoudiennes occupent des fonctions importantes dans divers secteurs professionnels et des affaires. Elles comptent sur les réformes en cours et une meilleure information, pour écarter certaines traditions désuètes en contradiction avec les vrais droits que l’islam leur accorde, pour qu’elles puissent jouer un rôle encore plus actif dans la vie publique et professionnelle. Selon Charles Saint-Prot: “Lorsqu’ils parlent de réformes en Arabie saoudite, les médias occidentaux mettent en exergue un petit nombre d’intellectuels plus ou moins marginaux, qui s’agitent, voudraient tout chambouler et sautent comme des cabris en répétant le mot réforme sur tous les tons. Il est plus intéressant de prendre en considération les réflexions d’autres intellectuels, plus nombreux, plus en phase avec le pays réel et actifs dans tous les cercles de la société qui réfléchissent sérieusement sur ces questions. Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer le profond mouvement impulsé par le prince héritier Abdallah, qui a conduit à la création d’un Forum national sur le dialogue au sein duquel les participants, représentant toutes les couches de la nation, confrontent leurs points de vue dans un esprit cons-tructif. La troisième session de ce forum national, qui s’est tenue en juin à Médine, a porté sur les droits de la femme”. Pour sa part, le professeur Jouve estime que “l’Etat a entrepris de traiter avec sérieux les problèmes auxquels il doit faire face: croissance démographique, réforme du système scolaire, emploi des jeunes, “saoudisation” des emplois, diversification de l’économie, meilleure répartition des richesses, place de la femme dans la société, lutte contre les groupuscules terroristes, conciliation de la tradition, de la religion et du progrès... Ce sont là de grands défis, mais il semble qu’il existe la volonté de les relever”. L’évolution politique a particulièrement retenu l’attention des chercheurs français, principalement le développement du Conseil consultatif, la régionalisation entreprise depuis 1992 ou l’application de la loi fondamentale promulguée en 1992. Par ailleurs, ceux-ci ont été les premiers à être informés que des élections au suffrage universel se dérouleront en automne pour doter le pays de conseils municipaux, dont la moitié des membres seront élus. Après la création d’un Ordre des journalistes visant à garantir la liberté de la presse, l’institution d’un comité des droits de l’homme, le lancement d’un processus d’élection aux chambres de commerce, l’annonce de ces élections locales marquent une nouvelle étape d’un processus de changement maîtrisé qui, pour prudent qu’il soit, n’en est pas moins très déterminé.
 


Le dialogue des cultures
La délégation française a effectué de nombreuses visites de centres culturels, sociaux et caritatifs. Elle a notamment été reçue dans plusieurs institutions de la Fondation caritative du prince Sultan Ben Abdel-Aziz al-Saoud, notamment la Cité humanitaire qu’il a créée à Riyad, l’un des grands centres médicaux les plus modernes du monde.
Les universitaires français ont, aussi, manifesté un grand intérêt pour le Comité d’assistance spéciale qui œuvre en faveur du développement médical et sanitaire et du développement en Afrique. Les intellectuels français ont constaté que des efforts notables sont réalisés par les dirigeants saoudiens pour une meilleure compréhension entre les civilisations. A cet égard, en appréciation de l’intérêt du prince Sultan Ben Abdel-Aziz al-Saoud pour le dialogue des cultures, le doyen de Guillenchmidt a remis au prince la médaille de la Faculté de droit de l’Université René Descartes de Paris V, lors d’un dîner organisé par le docteur Fayçal Ibn Michaal Ibn Saoud Ibn Abdul-Aziz al-Saoud, lui-même auteur d’ouvrages de références sur les institutions et la politique saou-diennes.
Le doyen de Guillenchmidt a insisté sur “la nécessité de mieux se connaître qui passe par un renforcement de la coopération et des échanges universitaires. Par exemple, il est important de ne pas se limiter à des clichés, mais d’étudier sérieusement ce qui fait la spécificité de la société et des institutions saoudiennes et comment ce pays peut poursuivre son développement politique, tout en restant fidèle à ses valeurs”.


G.-D.: Zeina el-Tibi, le professeur Jouve,
le prince Fayçal Ibn Michaal al-Saoud,
le doyen Michel de Guillenchmidt et le professeur Huyghe.


Vers un rééquilibrage diplomatique
Contrairement aux informations alarmistes propagées par certains médias occidentaux, les membres de la délégation française, qui ont pu circuler en toute quiétude dans les deux grandes villes du pays, ont constaté que la situation en Arabie saoudite est calme et, malgré les attentats commis récemment par des terroristes, la situation est sous le contrôle des autorités et la population ne manifeste aucune inquiétude. Le professeur Huyghe note: “Le pays n’est pas à feu et à sang et il existe un décalage important entre ce que l’on dit ou écrit sur l’Arabie saoudite à l’étranger et la réalité. Ici, plus encore qu’ailleurs, il faut sortir des stéréotypes et des vues simplistes, si l’on veut comprendre un pays beaucoup plus complexe qu’on le pense généralement”.
Des cadres travaillant en Arabie saoudite ont confirmé que les Français n’ont pas l’intention de quitter le pays, contrairement aux ressortissants des Etats-Unis ou de Grande-Bretagne, dont un grand nombre sont partis, précipitamment, en abandonnant leurs partenaires saoudiens. Cette attitude, conjuguée avec les désaccords profonds entre Riyad et Washington sur l’occupation de l’Irak et la crise en Palestine, pourrait entraîner un rééquilibrage diplomatique qui conduirait à ce que les Etats-Unis ne soient plus le partenaire quasi-exclusif de l’Arabie, laquelle est aujourd’hui l’un des derniers piliers d’une nation arabe affaiblie et inquiète. A cet égard, la délégation française a pu noter que les autorités saoudiennes et les Saoudiens, en général, manifestent un grand intérêt pour le développement des relations avec la France et d’autres pays européens.

Article paru dans "La Revue du Liban" N° 3959 - Du 24 Au 31 Juillet 2004

 

 

 

 

 

 

 

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