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Hugo Chavez : «
l’Amérique du Sud se réveille ! »
par Zeina
el Tibi
Le
président du Venezuela, Hugo Chavez, a effectué un tour du monde
éclair qui l’a conduit successivement en Inde, à Qatar et à Paris où
il a été reçu par le président Chirac, le 10 mars. Au cours d’une
rencontre avec des journalistes et des intellectuels, le nouvel
homme fort de l’Amérique latine a exposé sa vision du monde qui tend
à prôner l’indépendance des nations et à refuser l’unilatéralisme
des Etats-Unis.
Hugo
Chavez a été démocratiquement élu à la présidence de la République
du Venezuela en décembre 1998. Ce personnage charismatique qui est à
la tête du cinquième pays producteur de pétrole du monde, est en
train de s’imposer sur la scène sud-américaine comme l’un des chefs
de file de la résistance à l’impérialisme états-unien et à
l’ultralibéralisme. Son action s’inscrit dans le contexte d’un
profond changement en Amérique latine où de nombreux présidents
progressistes sont désormais au pouvoir : Lula au Brésil, Lagos au
Chili, Kirchner en Argentine, Tabaré Vazquez en Uruguay, Gutierez en
Equateur, sans compter Fidel Castro...
La
nouvelle révolution sud-américaine
Hugo
Chavez constate qu’il est en train de se passer « une véritable
révolution. L’Amérique latine est l’une des régions du monde les
plus victimes de l’ultralibéralisme et de l’hégémonie des
Etats-Unis. Désormais, les peuples refusent clairement la domination
des Etats-Unis et ils aspirent à un ordre nouveau qui respectera
leurs droits et leurs richesses. Ils veulent plus de justice
sociale, moins d’exploitation, moins d’inégalités. Désormais,
l’Amérique latine se réveille et renaît ».
Selon le
président vénézuelien, il est temps que les pays d’Amérique latine
unissent leurs forces pour défendre leur indépendance et peser
davantage sur la scène internationale. « Il faut renforcer notre
intégration régionale pour mettre fin au rêve de Bush d’une grande
zone de libre-échange des Amériques (ZLEA, ALCA en espagnol), de
l’Alaska à la Terre de feu. La ZLEA ne correspond pas à nos
besoins : Il nous faut rechercher le point d’équilibre entre le
marché, l’Etat et la société. Il faut faire converger la main
invisible du marché et la main visible de l’Etat dans un espace
économique à l’intérieur duquel le marché existe autant que possible
et l’Etat autant que nécessaire » C’est pourquoi, s’inspirant
de l’ambition du libertador du début du 19è siècle Simon
Bolivar, il appelle à la constitution d’une sorte d’union des Etats
et préconise la mise en place de nombreux projets communs : une
alliance militaire des pays sud-américains, le lancement d’une
chaîne de télévision internationale hispanophone (Telesur)
qui fasse contrepoint à CNN, la fondation d’une banque et d’un Fonds
monétaire du Sud, la création d’une grande compagnie pétrolière
sud-américaine (Petrosur)…
Des
réserves de pétrole considérables
Pour ce
qui concerne le pétrole, comme les autres matières premières, le
président Chavez affirme qu’il ne doit plus être exploité au seul
profit des compagnies des Etats-Unis mais servir au développement du
pays et à l’amélioration des conditions de vie du peuple. C’est
pourquoi, s’appuyant sur la mobilisation massive du peuple, il a
fait en sorte que l’Etat vénézuélien récupère la direction de
l’industrie pétrolière nationale (PVSDA) de façon a ce que les
revenus de l’or noir ne soient plus confisqués par « une petite
minorité de nantis qui bradaient la richesse nationale aux
Etats-Unis ».
Désormais, le Venezuela, qui vend 1,5 million de barils par jour aux
Etats-Unis (15% de la consommation américaine), veut diversifier ses
partenaires. Des contacts ont été pris avec l’Inde, la Chine et
d’autres pays. En France, un accord a été signé avec la compagnie
Total qui, grâce à des investissements de plusieurs milliards de
dollars, doublera sa production (de 200 000 barils par jour à
400 000) et exploitera les riches réserves de l’Orénoque. La société
française sera également autorisée à faire des opérations sur la
façade Atlantique où il y a beaucoup de gaz. La production
vénézuelienne qui est actuellement de 3,1 millions de barils par
jour pourrait passer prochainement à 4 millions. Les Vénézueliens
affirment que leur pays est l’un des rares pays de l’OPEP et du
monde capable de doubler sa production.
« Bush
veut m’assassiner »
On peut
comprendre que les idées d’un tel homme dérangent la politique des
Etats-Unis. A cet égard, Hugo Chavez accuse : « George W Bush veut
me faire assassiner. Quand j’accuse le gouvernement américain de
préparer une tentative d’assassinat contre moi, je suis sûr de ce
que je dis. D’ailleurs, je ne serai pas le premier : souvenons-nous
de l’assassinat d’Allende, de l’invasion de Grenade, des contras
du Nicaragua, de l’attaque contre Panama. Ce ne serait
d’ailleurs pas la première fois, les Etats-Unis ont déjà tenté de me
tuer lors du coup d’Etat qu’ils ont fomenté en avril 2002. Des
forces spéciales américaines sont disposées à la frontière entre la
Colombie et le Venezuela. Depuis plusieurs années, les Etats-Unis
s’en prennent au Venezuela parce que notre pays a mis en œuvre de
façon démocratique une politique d’indépendance et de dignité
nationale. Je le dis, tout net, si je suis assassiné, cela conduira
à une grande révolte contre les Etats-Unis. Les ouvriers
vénézuéliens bloqueront la production pétrolière et le prix du baril
montera à 100 dollars ! Par ailleurs, ma mort ne changera rien. Il
existe désormais un grand vent d’émancipation et de liberté qui va
gagner toute l’Amérique latine. Notre sous-continent ne veut plus
être la chasse gardée des intérêts états-uniens, nos peuples
aspirent à la liberté. Le temps est venu où nos peuples veulent
relever la tête et mettre fin aux jours d’humiliation. Il faudra que
les Etats-Unis s’en accommodent »
Les
ingérences des Etats-Unis dans les affaires intérieures des nations
Hugo
Chavez combat tout simplement contre l’unilatéralisme des
Etats-Unis, ce qui n’est que l’autre nom de l’impérialisme. Il
dénonce « les ingérences de Washington dans les affaires intérieures
des nations, de l’Amérique latine au Proche-Orient. Ce qui c’est
passé en Irak, une agression injustifiable contre un pays membre des
Nations unies, et les crimes qui ont été commis et continuent à
l’être par l’armée américaine, doit nous interpeller. Nous voyons
d’ailleurs, que les Etats-Unis n’ont pas fini de perturber la région
par leurs interventions intempestives ».
Face a la
menace d’un monde dominé par les Etats-Unis, le président
Vénézuelien plaide, à l’instar de son ami Jacques Chirac, pour une
vision multipolaire : « c’est la seule façon de sauver le monde. En
effet, celui-ci va à perte si nous ne sommes pas capable de changer
de direction sur le plan politique, éthique, économique. Il ne faut
pas que le monde appartienne à une seule super-puissance, il faut,
au contraire qu’il soit plus équilibré et plus juste ». Dans cette
recomposition d’un nouvel ordre mondial plus équilibré, Hugo Chavez
entend que l’Amérique latine joue sa partition en renforçant ses
relations internationales, notamment avec la France, l’Europe, la
Russie, le monde arabe ou l’Inde.
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