Crise grecque : activisme chinois et paralysie eurocratique


par Charles Saint-Prot (novembre - décembre 2010)

 
Début octobre 2010, la Chine a confirmé sa participation au renflouement de la dette grecque et fait savoir qu’elle s’engageait à soutenir la Grèce dans ses emprunts futurs. Bien entendu, ce secours chinois au pays le plus endetté de l’Union européenne n’a rien de charitable. En effet, en même temps, on apprenait que Pékin et Athènes avaient signé deux accords-cadres sur les investissements chinois en Grèce et sur les échanges culturels entre les deux pays. 
 
Ces accords auront pour effet pour but d’accélérer les investissements chinois en Grèce, sachant que les entreprises chinoises ont déjà commencé à s’implanter d’une façon conséquente. Par exemple, plus de la moitié du port du Pirée, le principal port du pays, est géré par le géant maritime chinois China Ocean Shipping Company (COSCO); ce qui permet de sécuriser et de maîtriser directement un débouché stratégique pour les produits chinois en Europe en affaiblissant les barrières protectionnistes pour tenter de protéger le vieux continent de l’invasion des produits asiatiques. 
 
Il est clair que les investissements chinois en Grèce constituent un cheval de Troie en Europe. Profitant de la débâcle économique et financière de la Grèce qui est l’un des pays le plus mal géré de l’Europe, la Chine veut faire de ce pays sa porte d'entrée vers le marché européen et dans les Balkans. Il est sûr que l’offensive chinoise ne s’arrêtera pas à la Grèce puisque les Chinois raffermissent déjà leurs positions en Europe Orientale (Pologne, République Tchèque), prétendu bastion de l’influence d’une Allemagne dont la politique internationale reste inconsistante, et se déploient progressivement dans les pays en difficulté (Portugal, Espagne). 
 
Voici donc un tournant décisif de l’intrusion du géant chinois dans le monde occidental et un revers considérable pour une Union européenne qui, à l’exception de la France, a une fois de plus démontré son manque de solidarité et son incapacité à contrecarrer les guerres économiques mondiales. La poussée chinoise en Grèce révèle tout simplement l'échec de la zone euro, à la fois au niveau économique et politique. Ce qui est étalé au grand jour, c’est l’inconsistance d’une Union européenne construite en dépit du bon sens sur les absurdes critères d’une politique libérale dogmatique et monétariste imposé par une Allemagne qui est par ailleurs incapable d’assumer ses responsabilités et de dépasser un état d’esprit de petit boutiquier.