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Libye : une nouvelle donne géopolitique
par Charles Saint-Prot (septembre 2011)
La chute de Kadhafi est une victoire pour le peuple libyen qui est enfin débarrassé d'un tyran sinistre et fantasque. Cette victoire doit tout
aux efforts déployés par la France pour faire pencher la balance du côté de la révolte libyenne. A ce titre, à Tripoli comme à Abidjan, les initiatives
du président de la République ont démontré que Paris conserve une influence positive en Afrique malgré qu'en aient ceux qui prédisaient naguère la fin de sa politique africaine.
Il est notable que le jeu de la France s'est exercé par une intense action diplomatique au sein du Conseil de sécurité dont elle est heureusement l'un des membres permanents.
Ainsi, l'intervention aux côtés de la révolte populaire libyenne n'a pas été conduite au nom d'une fumeuse théorie d'un prétendu droit d'ingérence mais dans le cadre légal de la
résolution 1973 adoptée le 17 mars par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui est la seule instance habilitée à réglementer l'ordre public international. C'est donc le vote
de la résolution du 17 mars sous le chapitre VII de la Charte de l'ONU qui a permis aux pays qui le souhaitaient d'effectuer des frappes aériennes pour protéger les populations
civiles et prendre « toutes mesures nécessaires ». Ce vote arraché par la diplomatie française malgré l'abstention de la Chine, de la Russie, de l'Inde et du Brésil auxquels s'était
curieusement associé une Allemagne toujours prompte à contrecarrer les initiatives françaises en Méditerranée, a d'abord permis d'éviter un bain de sang à la population de Benghazi,
puis l'intervention militaire de soutien à la révolte libyenne et au Conseil national de transition a finalement abouti au triomphe des insurgés contre les milices et les mercenaires
de Kadhafi.
Il est clair que la fin du régime ubuesque de Kadhafi est de première importance pour la Libye et toute la région. Durant trop longtemps, les foucades du prétendu « guide » de la très
surréaliste Jamahiriya ont non seulement empêché le développement de ce pays riche en pétrole (près de 45 milliards de barils de réserve, soit 4 fois plus que l'Algérie) et en gaz
(encore peu exploité), mais encore provoqué une marginalisation empêchant la Libye d'avoir le rôle qui devrait être le sien dans l'espace maghrébin, arabo-musulman et méditerranéen.
L'effondrement du système Kadhafi est donc également une bonne nouvelle pour la cause de l'unité du Maghreb arabe. Trop longtemps l'agitateur de Tripoli a été un élément perturbateur
nuisant à la nécessaire intégration maghrébine et la construction d'un ensemble de coopération de plus de 100 millions de personnes. Il ne faut pas oublier qu'il a été, avec le régime
algérien (son ultime soutien avec des mercenaires du Polisario !) l'un des pères fondateurs du groupe séparatiste Polisario au Sahara marocain, et plus généralement un fauteur de troubles
permanent sabotant tous les projets d'intégration régionale.
Par ailleurs, l'installation d'un nouveau régime à Tripoli devrait permettre à la Libye de rejoindre le groupe des pays qui cherchent à développer la coopération au sein de l'espace
méditerranéen. Avec le Maroc stable et consolidé par sa réforme constitutionnelle, une Tunisie et une Egypte régénérées, la Libye pourrait constituer un premier cercle dynamique de pays
du sud pionniers des relations entre les deux rives de notre mer commune. Du coup, le grand projet d'Union pour la Méditerranée –que certains voulaient enterrer- pourrait retrouver un
nouveau souffle.
Dans ces conditions, de belles perspectives s'offrent à ceux qui seront appelés à diriger la Libye nouvelle. Leur mission est historique ; il s'agit non seulement de consolider l'unité
nationale, d'assurer une transition dans le calme et la dignité, de mieux utiliser les ressources en faveur d'un développement durable, mais encore de donner à la Libye une bonne place
dans une géopolitique régionale en pleine recomposition et dans laquelle le régime algérien se retrouve désormais bien isolé.
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