Iran : l’État dangereux

Par Charles Saint-Prot, directeur général de l’OEG (janvier 2016) 

Les réactions qui ont suivi l’exécution, le 2 janvier 2016,  de terroristes d’al Qaïda et d’une poignée d’agitateurs proches de l’Iran, qui menaçaient la sécurité de l’Arabie saoudite, ont manqué de mesure  et, surtout, fait  peu cas de la situation géopolitique de cette région du monde. ​ 

Comme l’ont noté les États membres du Conseil de coopération du Golfe et plusieurs autres instances dans le monde arabe, le Royaume d'Arabie saoudite est fondé à se défendre contre les activités terroristes et les tentatives séditieuses conduites de l’étranger. Outre la menace terroriste à laquelle il fait face depuis plusieurs années, le Royaume – comme nombre de ses voisins du Golfe arabe (Bahreïn, Koweït, les Émirats arabes unis) - doit subir les manœuvres de déstabilisation orchestrées par le régime de Téhéran par l’intermédiaire d’agents infiltrés dans les minorités chiites. En effet, depuis la révolution iranienne de 1979, la république des Mollahs poursuit une politique agressive et expansionniste contre le monde arabe et menace la paix et la sécurité dans la région. Cette menace s’est aggravée depuis que l’Iran exerce une sorte de tutelle sur le régime irakien mis en place par les États-Unis à la suite du renversement du président Saddam Hussein en 2003 et du fait du soutien accordé au régime syrien, sans compter la présence au Liban d’une milice iranienne armée, le Hezbollah, qui constitue un État dans l’État.

Dans ce contexte on comprend que l’Arabie saoudite – comme d’ailleurs les autres pays arabes – soit particulièrement vigilante pour ce qui concerne sa sécurité et réprime sans trembler les individus ou les groupes factieux au service de Téhéran qui poursuit  de facto la guerre irano-arabe entamée après la chute du Shah en tentant d’instrumentaliser une rivalité entre chiites et sunnites qui est surtout un antagonisme entre Perses et Arabes. C’est dans ce contexte que l’Arabie saoudite a annoncé le 3 janvier la rupture ses relations diplomatiques avec l’Iran accusé de « créer des cellules terroristes afin de déstabiliser le Royaume ». Le r Royaume de Bahreïn qui est également menacé d par des groupes d’agitateurs pro-iraniens a également fermé son ambassade à Téhéran.

Dès lors, on discerne mal les causes de l’aveuglement de ceux qui, en Occident,  ne cessent d’accabler le Royaume saoudien tout en fermant les yeux sur les agissements de l’Iran qui constitue pourtant l’État perturbateur de la région, notamment en raison d’un programme nucléaire auquel les mollahs sont loin d’avoir renoncé. Pour être clair, l’État dangereux – que l’on pourrait même qualifier d’État voyou – dans la région, c’est l’Iran des ayatollahs.

C’est aussi l’État criminel par excellence.

Un régime criminel

Si les adversaires de la peine de mort s’expriment à qui mieux mieux pour regretter l’exécution des sentences prononcées légalement en Arabie saoudite contre des terroristes (tout en restant d’ailleurs muets sur les bombardements américain, français ou autres visant à exécuter d’autres terroristes tout aussi légitimement), on s’étonne de ne jamais les entendre pour ce qui concerne les innombrables atteintes aux droits de l’homme de l’Iran et des régimes qui lui sont liés, à Bagdad ou à Damas. Il est tout de même assez ahurissant de lire ou d’entendre certains commentaires sur la situation qui serait celle des droits de l’homme à Riyad de la part de personnes qui font deux poids et deux mesures pour s’accommoder des pratiques criminelles du régime iranien.

Pour ceux qui ont la mémoire courte, il faut ici rappeler que, selon les  Nations Unies et de nombreuses organisations humanitaires internationales, l’Iran est l’un des États qui pratiquant le plus d’exécutions capitales et a le plus de prisonniers politiques. Le rapport des Nations Unies d’octobre 2014, précisait qu’avec 852 exécutions durant un peu plus d’une année, l’Iran  détient « le record du taux d’exécution par rapport au nombre d’habitants le plus important du monde ».

Amnesty International notait, le  23 juillet 2015, que les  autorités iraniennes auraient exécuté 694 personnes entre le 1er janvier et le 15 juillet 2015, « dans le cadre d'une hausse sans précédent du nombre d'exécutions dans le pays »  Outre les trafiquants et des criminels, ces exécutions frappent aussi des personnes accusées d’adultère requalifié de «viol », de prétendus « espions » et, surtout, des opposants politiques et des membres des minorités ethniques et religieuses accusés d'« inimitié à l'égard de Dieu » et de « corruption sur terre », dont des prisonniers politiques kurdes, des musulmans sunnites ou des membre de la minorité arabe de la région du Khouzistan (Arabistan) comme le poète Hachem Chaabani, en janvier 2014. Ahmed Shaheed, rapporteur des Nations unies pour l'Iran a pu souligner, le 27 octobre 2014, qu’on a vu « une personne exécutée pour avoir fait un don à une organisation étrangère » ! Des dizaines de femmes figurent au nombre des victimes. En outre, plusieurs milliers de détenus  se trouveraient actuellement dans le quartier des condamnés à mort en Iran. Les séides de l’Iran en sont pas en reste, ainsi le régime de Bagdad procède-t-il régulièrement à des exécutions d’opposants : des  baasistes ou supposés tels, des sunnites et même des chiites qui refusent de jouer le jeu de l’Iran, comme le poète irakien Ahmed al Nuaimi qui aurait été pendu à une grue à la fin de 2015 pour avoir écrit un poème intitulé « Nous sommes un  peuple qui n’a pas honte ».

Il est notable que le nombre des exécutions, des personnes torturées et des arrestations arbitraires n’a fait que croitre en Iran depuis l’élection du prétendu « modéré » que serait le président Hassan Rohani. On ne peut en être surpris si l’on veut bien considérer que Rohani est, depuis 1979, l’un des suppôts du régime tyrannique instauré par Khomeiny. Or, selon l’opposition iranienne, « 120.000 opposants politiques ont été exécutés sous le régime iranien, dont 30 000 durant le seul été 1988, sur un décret de Khomeiny. Les responsables du massacre … continuent d’occuper des postes clés au gouvernement de Rohani. Hassan Rohani était alors vice-commandant en chef des forces armées du régime, membre du Conseil suprême de la défense et membre du Conseil central de la logistique de guerre. A ces postes, il était parfaitement au courant de ces crimes ».

Tout cela devrait inciter à réfléchir sur la sincérité des signaux d'ouverture que le régime iranien feint de  donne sur le plan de ses relations internationales.