Kosovo : Un dangereux précédent


par Charles Saint-Prot (mars 2008)

 
Le processus de démantèlement de l’ex-Yougoslavie a trouvé son épilogue avec la proclamation de l’indépendance de la province serbe du Kosovo, le 17 février 2008. La création de ce micro-Etat, fondé sur des bases ethniques, a immédiatement été reconnue par Washington, ce qui était bien normal puisque les bandes terroristo-maffieuses contrôlant le territoire sont étroitement liées aux intérêts des Etats-Unis qui ont voulu et organisé cette situation afin de consolider leur implantation dans une région où leur objectif stratégique est d’affaiblir la Russie et avoir un droit de regard sur le couloir énergétique du lac caspien à la mer Noire. On sait que les Etats-Unis ont installé au Kosovo l’une de leurs plus importantes bases militaires : le Camp Bondsteel qui est le plus grand camp américain installé à l’étranger. L’indépendance du Kosovo n’est donc qu’un nouvel épisode de la nouvelle « guerre froide» qui voit s’affronter les Etats-Unis et la Russie.
 
Or, il est également notable que le fait accompli kosovar a reçu l’aval d’un grand nombre des nations membres de l’union européennes dont, hélas, la France alors que d’autres plus lucides (Grèce, Espagne, Chypre, Roumanie, Bulgarie, Slovaquie) exprimaient leur intention de ne pas reconnaître le nouvel Etat illégalement autoproclamé en contradiction d’ailleurs avec la résolution 1244 du Conseil de sécurité, laquelle réaffirmait « l’attachement de tous les États Membres à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie et de tous les autres États de la région ». La démarche de certains Etats européens traduit bien le réalignement atlantiste d'une union européenne que ses promoteurs présentaient pourtant comme une alternative à l’hégémonie des Etats-Unis. Cela sonne le glas du mythe de l'Europe-puissance au nom duquel les Etats-nations ont consenti de dangereux renoncement de souveraineté.
 
Par ailleurs, il est clair que la sécession du Kosovo constitue un dangereux précédent. En effet, on peut s'étonner de l'aveuglement des Etats européens qui se sont félicités de voir l’installation d’un Etat dominé par un mouvement mafieux, l’UCK, lequel Etat va accentuer la balkanisation de la région. Surtout, la sécession du Kosovo s’inscrit dans une logique nouvelle de destruction des Etats-nations au profit de l’idéologie du séparatisme ethnoculturel et ethnorégionaliste. Dès lors, l’affaire du Kosovo risque fort d’avoir des répercussions importantes dans des Etats comme la Grande-Bretagne, en Belgique ou dans de nombreux Etats de l’espace post-soviétiques, et de faire des émules chez les séparatistes basques ou catalans d’Espagne, les groupuscules terroristes corses, les activistes kurdes de Turquie ou d’Irak, et, plus généralement, tous les champions de la décomposition des nations. Comme le déclarait le président serbe Boris Tadic devant le Conseil de sécurité : « il y a des dizaines d’autres Kosovo à travers le monde qui n’attendent que l’acte de sécession de ce territoire devienne réalité… Je vous avertis très sérieusement du danger d’escalade de nombreux conflits dormants et du déclenchement de nouveaux conflits ».