La boîte de Pandore


par Charles Saint-Prot (février 2007)

 
Alors que le président George W. Bush a décidé d’envoyer des troupes supplémentaires en Irak, le Premier ministre français Dominique de Villepin a constaté dans un entretien publié par le Financial Times, le 7 février 2007, que les Etats-Unis ont échoué en Irak : « En 2003, la France a dit fermement qu'il n'y avait pas de solution militaire en Irak. Ce que nous disions en 2003 est toujours vrai en 2007». 
 
Il est clair que l’occupation de l’Irak par les Etats-Unis a eu des conséquences catastrophiques. D’abord, l’Irak, qui était un pays stable et prospère, s’enfonce chaque jour un peu plus dans l’anarchie et le chaos. L’aventure américaine a conduit à détruire l’Etat irakien et exacerbé les clivages entre les communautés. Elle a également offert un nouveau champ d’expansion au terrorisme. Enfin, comme la France le prédisait, l’occupation de l’Irak a précipité des bouleversements considérables. La conséquence la plus importante sur le plan géopolitique est d’avoir rompu l’équilibre entre la nation arabe et la Perse. C’est d’ailleurs en prenant en considération la préservation de ce nécessaire équilibre que la France avait apporté son soutien à l’Irak durant la guerre contre l’Iran (1980-1988). Aujourd’hui, les dirigeants iraniens ne peuvent que se réjouir de la destruction de l’Irak et nous savons que l’exécution-lynchage du président Saddam Hussein, organisée par les groupes irakiens affiliés à l’Iran, a été une sorte de revanche de la guerre Irak-Iran.
 
 Après avoir installé à Bagdad un gouvernement dominé par des partis chiites confessionnels liés à Téhéran (Dawa et Conseil supérieur de la révolution islamique) et laissé prospérer les milices extrémistes qui empêchent toute réconciliation nationale, les Etats-Unis semblent s’inquiéter de voir l’Iran vouloir se doter de l’arme nucléaire, de se positionner comme une puissance régionale et de faire montre d’un interventionnisme inquiétant vis à vis de ses voisins, en particulier en tentant d’instrumentaliser le particularisme chiite en Irak, dans le Golfe arabe et au Liban où Washington et Téhéran, qui détient la carte maîtresse du Hezbollah, se livrent à une partie de bras de fer dont le pays du cèdre fait une fois de plus les frais. 
 
 A vrai dire, l’invasion et de la destruction de l’Irak par les Etats-Unis ont tout simplement favorisé l’ascension de l’Iran. Mais il est possible de se demander si les dirigeants des Etats-Unis ne seraient pas davantage des émules de Machiavel plutôt que des Gribouille. L’émergence de l’Iran comme acteur régional de premier plan permet, d’une part, d’affaiblir les Arabes, pris entre le marteau américain et l’enclume iranienne, et, d’autre part, de renforcer l’Etat d’Israël, ce qui reste l’objectif prioritaire de la diplomatie états-uniennes qui n’a pas renoncé à la construction d’un « nouveau Grand Moyen Orient » visant à maintenir les Arabes plus bas que l’herbe. En tout cas, par calcul ou par naïveté, les Etats-Unis ont ouvert une boite de Pandore. On voit bien le danger résultant de vouloir imposer une vision unipolaire du monde. Comme le déclarait le président russe Vladimir Poutine lors de la conférence annuelle pour la sécurité, à Munich le 10 février 2007, l’interventionnisme des Etats-Unis à travers la planète « n'a fait que rendre le monde moins sûr… Les actions unilatérales n'ont pas résolu les conflits, elles les ont aggravés ».