La question de la sécurité au Sahel


par Charles Saint-Prot (avril 2010)

 
La Fédération africaine des études stratégiques présidée par l’universitaire marocain Mohammed Benhammou a organisé, du 28 au 30 janvier 2010, à Marrakech, la première grande réflexion africaine sur la sécurité en Afrique. Des représentants de plus de quarante pays africains et de très nombreux chercheurs, militaires et experts venus de France, des pays européens, d’Asie et des Etats-Unis ont participé à ce symposium international. 
 
Le sujet de la sécurité en Afrique est de première importance, notamment pour ce qui concerne la zone du Sahel. Une récente étude publiée par le Centre d’études et de recherche de l’École militaire (CEREM), coordonnée par l’amiral Jean Dufourcq indique qu’aux revendications territoriales ou culturelles traditionnelles, notamment pour l’accès à l’eau, à la terre, aux ressources naturelles, « s’ajoutent des difficultés nouvelles dans cette une région devenue cruciale, dont la conflictualité intrinsèque concerne directement la France… mais aussi l’Afrique tout entière ». 
 
En effet, la région sahélo-saharienne est devenue un refuge pour les groupes terroristes liés à Al Qaïda. Le danger concerne tous les pays : l’Algérie, le Mali, le Maroc, le Niger, la Mauritanie ou la Tunisie. Il existe une sorte de « zone grise » sur plusieurs milliers de kilomètres entre le sud du Maghreb et l'Afrique subsaharienne. Dans cette vaste zone mal contrôlée, on sait que prospèrent les trafiquants d'armes ou de drogue et toutes sortes de bandes criminelles. C’est une véritable aubaine pour les groupes extrémistes comme al Qaïda qui cherche un endroit pour s’organiser, un peu comme les zones tribales entre l’Afghanistan et le Pakistan. 
 
La persistance du conflit sur le Sahara marocain est une source d’inquiétude supplémentaire pour la sécurité de toute la région. La persistance de la crise entretenue par la tentative de sécession du Polisario, avec les implications extérieures que l’on sait, peut constituer un élément aggravant du danger terroriste et favoriser sa propagation chez des personnes placées sous le contrôle du Polisario. On peut légitiment s’interroger sur les liens qui pourraient s’être tissés entre les activistes extrémistes du Polisario et les terroristes d’al Qaïda. En outre, l’agitation entretenue par le Polisario et ses commanditaires est une cause d’instabilité géopolitique majeure. Dans ces conditions, le meilleur moyen d’assurer la sécurité dans cette partie de l’Afrique est de régler la question de ce conflit qui n’a aucune raison d’être, sur les bases réalistes du plan d’autonomie proposé par le Maroc.