La relation France Egypte et la politique arabe de la France

par Charles Saint-Prot (mars 2015)

Directeur général de l’OEG

L’achat de 24 avions Rafale français et d’une frégate multimissions (FREMM) par l’Egypte, le 16 février 2015, marque une évolution capitale de la diplomatie égyptienne. Cette signature témoigne, d’une part, d’une prise de distance à l’égard des Etats-Unis qui après avoir soutenu le régime des Frères musulmans n’ont cessé de critiquer le nouveau gouvernement du président Abdel Fattah el Sissi, et, d’autre part, de la volonté du Caire de diversifier ses alliances. 

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’impulsion nouvelle qui vient d’être donnée à la relation bilatérale franco-égyptienne. Elle a une signification géopolitique de première importance et marque le renforcement d’un partenariat stratégique qui inclut également les principaux soutiens arabes politiques et financiers du Caire, l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis.

L’achat des Rafale est également le signe de la détermination du président Sissi, élu le 28 mai 2014, de redresser son pays en devenant en quelque sorte le Poutine égyptien.  Le chef de l’Etat égyptien est engagé dans une lutte tenace à la fois contre le groupe politico-religieux  des Frères musulmans et contre les bandes extrémistes, dont Daech, qui se sont installées en Libye, aux portes de l’Egypte. Spécialiste reconnu des questions de défense,  Frédéric Pons a rappelé dans Valeurs actuelles, qu’à la fin août 2014 quand l’Egypte et les Emirats arabes Unis avaient voulu frapper des groupes extrémistes proches des Frères musulmans en Libye, ils n’avaient pu utiliser leurs avions F16 américains, dont le Etats-Unis avaient refusé de débloquer la « clé », et ils avaient eu recours à leurs seuls Mirage 2000 français. Le président Sissi avait alors jugé intolérable que Washington limite l’emploi souverain de son aviation. C’est dans ces conditions qu’il a décidé de se tourner vers d’autres partenaires, en particulier la France qui a su préserver une industrie militaire nationale de grande qualité. Depuis, l’affaire de l’achat des Rafale  a été rondement menée, grâce à la réactivité du ministre de la défense français Jean-Yves Le Drian.

Il faut replacer ce rapprochement avec la France avec le fait qu’après son élection à la présidence, Sissi avait promis de restaurer la grandeur de son pays. Puisque les Etats-Unis ne jouent pas le jeu et ont une attitude fort ambigüe, l’Egypte a décidé de se tourner vers la Russie et la France. Le Caire et Moscou ont signé mardi un accord préliminaire pour construire la première centrale électrique nucléaire en Egypte, lors de la visite du président russe Vladimir Poutine, le 11 février 2015. Quelques jours après, le 16 février, Jean-Yves Le Drian et le président  Abdel Fattah al-Sissi ont signé le contrat sur la vente d’avions Rafale.

Une politique arabe renouvelée

            Admirateur de Nasser et de Charles de Gaulle, Abdel Fattah el Sissi vient de démontrer sa volonté d’atteindre l’objectif de redonner un rôle indépendant à Egypte. En même temps, cette évolution ouvre de nouvelles perspectives à une politique arabe de la France renouvelée reposant sur une vision déterminée, la claire perception de l’intérêt supérieur de la nation et   des alliances solides s’appuyant sur des amis sûrs et loyaux comme le Maroc et des pays qui partagent les mêmes préoccupations et les mêmes analyses : les Emirats arabes unis en pointe dans la lutte contre l’’extrémisme, l’Arabie saoudite, qui finance l’armement de l’armée libanaise par la France, et bien sûr l’Egypte. Rabat, Le Caire, Riad et Abou Dhabi : voici les piliers d’un jeu de la France au sud de la Méditerranée et au Proche-Orient. Sans doute, pour jouer pleinement ce jeu, les dirigeants français doivent  faire preuve de volonté et avoir la conviction que leur nation peut encore avoir une politique de puissance que leur nation peut encore avoir une politique de puissance