Le couple franco-allemand n'existe pas

Dr Charles Saint-Prot

Directeur général de l'OEG

 

Dans un ouvrage roboratif (Le couple franco-allemand n'existe pas. Comment l'Europe est devenue allemande et pourquoi ça ne durera pas, aux éditions Michalon), Coralie Delaume écrit qu’en France, on se prévaut d'appartenir à un « couple franco-allemand » qui serait la locomotive de l'Europe. Les deux pays seraient à égalité pour conduire l’ l'Union européenne main dans la main. C’est naturellement une baliverne. Coralie Delaume note fort justement que les structures de l'Union européenne entraînent une consolidation du poids de l’Allemagne chaque fois qu'elle agit dans le sens de l'affirmation ou de la préservation de ses intérêts nationaux. C'est ce qu'elle fait désormais de manière systématique, à l'exact opposé de la France, dont les dirigeants s'inscrivent dans une perspective post-nationale et défaitiste. Loin de former un couple avec l'Allemagne, notre pays est donc  à sa remorque.

L’homme dangereux de l’Europe

La réunification des Allemagnes en octobre 1990, à l’encontre de la politique millénaire de la France ; l'erreur historique de la création de l'euro (2001), géré à Francfort ; les élargissements à une Europe de l’Est anschlussée par Berlin ; l’arrogance d’un  Reich sûr de lui et dominateur, ont signé l'avènement d'un nouvel Empire germanique. Dans ces conditions, le prétendu couple franco-allemand est un mythe. Ce qui se passe depuis la ridicule poignée de main avec Kohl à Verdun et le lâche renoncement mitterrandien de 1990 n’a rien de commun avec le traité franco-allemand  signé, en 1963, entre le général de Gaulle et Konrad Adenauer, chancelier de l’Allemagne de l’Ouest. On se souvient du mot d’Adenauer à Charles de Gaulle après la signature du traité: « Alors mon Général, vous avez encore peur de l’Allemagne – Bien sûr que non, répondit celui-ci.  – Vous avez tort, mon général, moi, j’en ai peur. ». Ce catholique rhénan, partisan de l’autonomie de sa province après la Première Guerre mondiale, voulait dire par là qu’il craignait le retour au pouvoir des Allemands du Nord, Prussiens et autres. Or, n’est-ce pas ce qui s’est passé avec Angela Merkel, fille d’un pasteur ayant choisi l’Allemagne de l’Est ? Au XXIe siècle, l’Allemagne, redevenue prussienne depuis la funeste unification de 1990, est bien  l’« homme dangereux de l’Europe » dont se méfiait tant le chancelier Adenauer, hostile à l’idée d’une unification des Allemagnes qui conduirait à créer une puissance germanique incontrôlable.

Bainville écrit qu'il n'y a rien de pire que l'équivoque dans les relations entre les peuples. En France, l'amitié franco-allemande est devenue une sorte de slogan pour se rassurer à bon compte, un lâche soulagement qui n’est pas sans rappeler les heures les plus sombres de notre Histoire. La vérité est que « l'Allemagne éternelle » utilise le levier de l'Europe fédérale pour assouvir sa volonté de puissance. C'est toute l'équivoque des relations franco-allemandes qui ne peuvent trouver un équilibre satisfaisant qu'à la condition que la France ne baisse pas la garde. Or, l'erreur des dirigeants français, depuis plus d'une trentaine d'années, a été de croire qu'on pouvait neutraliser l'Allemagne par l'intégration dans l'Europe communautaire. Le calcul se révèle d'autant plus faux qu'il s'avère que c'est la France qui se trouve ligotée et de facto vassalisée. Il n’y a plus que les aveugles professionnels pour célébrer comme des marques de la coopération franco-allemande, des fusions d’entreprises qui se font au seul bénéfice des sociétés allemandes, à leurs conditions et sous leur contrôle : c’est le cas de Rhône-Poulenc, l’un des fleurons de l’industrie française, passé sous la domination de la société Hoescht au sein du nouveau groupe Aventis ou des AGF avalées par le groupe teuton Allianz,  pour ne rien dire du mariage de Matra-Aerospatiale et DASA, la division aérospatiale du géant Daimler, dans une entreprise baptisée d’une façon significative European Aeronautic, defense and Space, dont le siège est à Leyde, aux Pays-Bas !

La destruction programmée de la nation française

C’est donc l’Allemagne qui impose ses règles. Le prétendu « couple franco-allemand» est une tromperie. Depuis Mitterrand, les dirigeants « français » ne cessent de se prosterner devant l'Allemagne pour l’amadouer, alors que l'Allemagne, à travers l'Union européenne, défend ses seuls intérêts de puissance. Le 22 janvier 2018, la chancelière Merkel et Emmanuel Macron ont annoncé que  la France et l'Allemagne voulaient signer un nouveau « traité de l'Élysée », prévu pour janvier 2019. Le projet est effrayant puisqu’il porte en lui tous les germes de la destruction  programmée de notre nation : le fédéralisme contre la souveraineté nationale, le régionalisme contre la nation – ce projet va jusqu’à envisager le détachement des régions frontalières de l’ensemble national sous couvert d’une prétendue coopération transfrontalière. En outre, ce nouveau traité prônera une armée européenne censée compléter les forces de l'OTAN en se fondant dans le pacte Atlantique et en annihilant ainsi l’un des derniers vestiges de souveraineté de la France. Cela devrait favoriser le projet allemand de ravir à la France son siège de membre permanent au conseil de sécurité des Nations Unies, au profit de l’Union européenne ou de l’Allemagne. En même temps, la chancelière du nouveau Reich a prétendu ouvrir la porte à des millions d’immigrés économiques, requalifiés de « réfugiés » mais dont on comprend surtout qu’ils seraient pour l’industrie germanique une main d’œuvre pas chère et corvéable à merci. En somme une forme de nouveau STO.

C’est sans doute en prélude à cette liquidation de la France que les modalités de la célébration de la victoire de 1918 ont été négociées (sic) avec l’Allemagne. Ainsi quand nos alliés britanniques ont dignement célébré la victoire militaire, la France s’est-elle abaissée à marchander cette célébration avec l’ancien ennemi. On ne saurait mieux trahir la mémoire des combattants. Il est vrai que l’Élysée a déclaré que « le sens de cette commémoration, ce n'est pas de célébrer la victoire de 1918 ». Alors qu’a-t-on célébré ? Sans vergogne, le site de l’armée de l’air a répondu à cette question qu’il s’agissait  d’honorer « cent ans d’amitié franco-allemande » ! Les poilus de 14-18, les déportés de 39-45, les familles des victimes d’Oradour sur Glane apprécieront. On sait que l’absence d’esprit national a gagné les hautes sphères de l’État mais il y a tout de même des limites.

 En tout cas, l’eurocratie, qui nous invite à oublier notre Histoire et à perdre toute mémoire, est à la seule mesure de l'Allemagne. C’est une bonne raison pour en sortir.