Le droit à la souveraineté


par Charles Saint-Prot (Juin 2006)

 

Après l’effondrement du bloc soviétique à la fin des années 80 du XXe siècle, les Etats-Unis ont acquis une position hégémonique sans aucun précédent dans toute l’histoire de l’humanité. Cette situation les a conduit à développer une nouvelle stratégie de domination mondiale, d’abord sous le couvert d’une globalization (mondialisation) qui n’est rien d’autre qu’une américanisation, ensuite, à partir de l’élection de George Bush en 2001, par la définition d’une diplomatie conçue dans les cercles des néoconservateurs et de l’extrême-droite chrétienne (les sectes évangélistes et autres chrétiens sionistes). Cette politique repose sur l’idée qu’il appartient aux Etats-Unis de construire un nouvel ordre international dominé par eux et selon leurs seuls intérêts.

L’une des manifestations du nouveau jeu états-unien a consisté à réviser arbitrairement le droit international. Les Etats-Unis ont voulu ignorer l’Organisation des Nations unies ou la réduire à un rôle de comparse, une sorte de chambre d’enregistrement des diktats de Washington. Peu à peu, les règles fondamentales des Nations unies ont été bafoués, en particulier celles qui consacrent le droit à la souveraineté et de l’égalité des Etats, le principe de non-intervention et de non ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat, le principe d’interdiction du recours à la menace ou à l’emploi de la force, etc. Selon leur bon vouloir, les Etats-Unis ont proclamé arbitrairement que telle ou telle règle du droit international n’avait plus lieu d’être appliquée. Dans ces conditions, la question qui se pose est la suivante : que reste-t-il du droit international face à l’activisme des Etats-Unis ?
 
L'unilatéralisme états-unien prévaut désormais dans tous les domaines des relations internationales. Cet unilatéralisme, qui est l’autre nom de l’impérialisme, est particulièrement flagrant pour ce qui concerne les questions du Proche-Orient. Les Etats-Unis se sont érigés comme le seul ordonnateur de la politique régionale dans la perspective d’un Grand Moyen Orient qui ne serait qu’une construction hasardeuse ayant pour objet de placer cette partie du monde sous le contrôle des Etats-Unis et de leurs affilés, en particulier l’Etat israélien. Bush et Sharon préconisent un « chaos constructif » pour imposer des changements dans la région ; tout ce que l’on peut prédire est que, loin d’être constructif, le chaos engendré par la diplomatie des Etats-Unis conduira à une grave déstabilisation géopolitique et à des réactions qui seront instrumentalisées par les extrémistes de tout poil. 
 
Un monde où le fort serait trop puissant et les faibles trop faibles ne peut être un monde stable et pacifique. La détention d’un pouvoir exorbitant par un seul pays peut manifestement conduire à tous les abus. Voici maintenant une superpuissance, sure d’elle et dominatrice, qui entend réécrire le droit à sa convenance. Il est constant qu’il n’appartient pas à une puissance de redessiner la géopolitique et de réécrire le droit international ou, plutôt, de bafouer constamment le droit international pour faire prévaloir la loi du plus fort.
 
Le droit international –c’est à dire l’ordre du monde- doit continuer à reposer sur la souveraineté des Etats. Rien ne peut justifier de déroger à cette règle et surtout pas le prétexte mensonger de vouloir promouvoir la démocratie car la démocratie ne se décrète pas et elle ne peut arriver dans les fourgons d’armées étrangères après que celles-ci aient provoqué la mort de dizaines de milliers de personnes. De tous les droits des peuples, le plus précieux est l’indépendance des nations. Cette indépendance est la condition de toutes les libertés face à l’empire totalitaire. Elle garantit le respect de la souveraineté et de l’identité des peuples. Le droit à la souveraineté est la première exigence pour la construction d’un monde plus équilibré et plus pacifique au lieu d’un monde soumis au diktat d’un quelconque impérialisme.