Le Maroc au centre d’un axe Europe-Pays du Golfe arabe ?

 

par Charles Saint-Prot (novembre 2012)

 
Aujourd’hui, alors que les conséquences des révoltes arabes de l’année 2011 continuent à se faire sentir et certains pays connaissent le chaos ou d’autre une sorte de paralysie cadavérique, l’exception marocaine continue à se manifester, en particulier sur le plan international. Bénéficiant d’un statut avancé auprès de l’Union européenne, le Royaume chérifien attire d’autant plus les investissements directs étrangers que ceux-ci se sont détournés de la Tunisie et de l’Egypte. Compte tenu de la crise qui sévit dans l’Union européenne, le Maroc a tout intérêt à développer des partenariats complémentaires avec les monarchies pétrolières du Golfe arabe, qui offrent de grandes capacités d’investissement. C'est ainsi qu’il a signé, en décembre 2011, avec les pays membres du Conseil de Coopération du Golfe arabe (CCG) un partenariat stratégique prévoyant notamment le financement de projets de développement à hauteur de cinq milliards de dollars répartis sur cinq ans. 
 
Un partenariat gagnant-gagnant
 
Dans ce contexte, le roi Mohammed VI a effectué, du 15 au 24 octobre 2012, un périple dans la région du Golfe afin de présenter aux dirigeants d’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, de Koweït et de Qatar, les projets sélectionnés au regard des priorités portant sur des investissements d'infrastructures pour faciliter l'accès aux services sociaux de base,  le renforcement et le développement de l'agriculture au Maroc (Plan Vert ), les secteurs du transport (les ports, les autoroutes), la santé, l'éducation et le logement. En outre, le Maroc propose aux pays du Golfe des investissements attractifs dans des secteurs prometteurs et à forte valeur ajoutée où il a acquis une compétence indéniable : nouvelles technologies, énergies renouvelables (d'origine solaire, éolienne et hydraulique), industrie alimentaire, industrie chimique, aéronautique, automobile, industrie pharmaceutique ainsi que le tourisme (Plan Azur) et un nouveau dynamisme industriel (Plan  Emergence). 
L’attractivité du Maroc a déjà séduit de grands groupes français comme Renault installé dans la région de Tanger ou le groupe agro-alimentaire Danone qui a investi dans la Centrale laitière marocaine. Disposant du tiers des fonds souverains à l’échelle mondiale, les Etats du CCG, qui  sont en quête de zones sûres pour investir, se tournent naturellement vers un pays  politiquement et économiquement stable tout en offrant des ressources humaines qualifiées et un bon climat des affaires. Il s’agit donc d’un partenariat gagnant-gagnant, mais il est important de souligner qu’il ne le sera pas seulement pour le Maroc et les pays du Golfe ;  en effet, la montée en puissance du développement du Maroc se fera également avec l’apport et l’expertise des sociétés européennes, en particulier françaises, et sans négliger la construction maghrébine. A partir d’un Maroc, associé aux puissances financières arabes et porte d’entrée vers une partie de l’Afrique noire, pourrait se constituer l’ébauche d’un nouvel axe de coopération triangulaire –Europe, Golfe, Maghreb/Afrique noire-, capable de redonner aux économies européennes le souffle dont elles ont tant besoin tout en offrant de nouvelles perspectives aux pays en développement. Du coup, les nations européennes devraient redécouvrir que leur avenir passe par le Sud.
 
Une puissance d’équilibre
 
La visite du Roi Mohammed VI dans le Golfe a permis de démontrer qu’il est bien l’artisan des grands changements et des initiatives visant à faire du Maroc un pays émergent. Par surcroit, le volet politique ne doit pas être négligé. L’évolution dans la sérénité et le renforcement du processus démocratique dans le cadre d’une monarchie marocaine réformatrice est considéré comme un modèle par les dirigeants du Golfe qui partagent également le souci de préserver la stabilité, la sécurité et  l'intégrité territoriale des pays arabes. Les rencontres du souverain marocain à Amman et dans le Golfe arabe ont contribué à renforcer la coordination des efforts au sein du Groupe des Amis de la Syrie, dont une réunion est prévue prochainement au Maroc, lequel est actuellement membre du Conseil de sécurité. Par ailleurs, le Maroc qui fait bénéficier ses partenaires du Golfe de son expertise en matière sécuritaire et contre-terroriste, peut également compter sur leur soutien pour ce qui concerne l'intégrité territoriale du Royaume et ses efforts sous les auspices des Nations unies visant à parvenir à une solution définitive, réaliste et mutuellement acceptable à la question du Sahara marocain. En même temps, comme l’a souligné le Premier ministre malien, le  26 septembre 2012, devant la 67e Assemblée générale des Nations unies, l’implication du Maroc sera nécessaire pour trouver une solution à la crise malienne et à la lutte contre le narco-terrorisme au Sahel. Là encore, pour les pays européens légitimement inquiets des risques de déstabilisation au sud de la Méditerranée et au Sahel, le Maroc se présente bien comme la seule puissance d’équilibre sérieuse dans la région.