Le nécessaire dialogue euro-arabe


par Charles Saint-Prot (avril 2006)

 

Le premier dialogue euro-arabe avait été noué en 1973 peu après la guerre d’octobre et le choc pétrolier auquel elle avait donné lieu. Ce dialogue affichait deux objectifs : consolider les liens entre les pays européens et le monde arabe qui est le premier fournisseur d’énergie ; réparer une absence de la communauté européenne sur la scène internationale. Pour diverses raisons, ce dialogue s’enlisa dans les années 1980-1981. En novembre 1995, les ministres des affaires étrangères des 15 Etats de l’Union européenne et de 12 Etats du Sud et de l’Est de la Méditerranée signaient une déclaration instituant un partenariat euro-méditerranéen. Dès le départ ce processus était fondé sur de mauvaises bases. Il s’agissait en somme de remplacer le dialogue euro-arabe par un prétendu partenariat avec une partie seulement des pays arabes, ceux de la Méditerranée (Algérie, Maroc, Tunisie, Egypte, Jordanie et Autorité Palestinienne, Liban et Syrie), auxquels on ajouta la Turquie et l’Etat d’Israël, ce qui n’était sans doute pas une bonne idée compte tenu du contexte de la crise israélo-arabe. Par ailleurs, ce partenariat déjà déséquilibré en 1995 alors que l’union européenne ne comptait que 15 membres, l’est devenu encore plus au fil des années quand l’Union européenne compta 25 membres et les pays du sud n’en comptèrent plus qu’une dizaine.
 
Enfin, le processus de Barcelone se voulait global avec trois volet : un volet économique et financier ayant pour objectif principal la mise en place d’une zone de libre échange d’ici 2010 ; un volet social, culturel et humain visant à favoriser la compréhension entre les cultures et les échanges entre les sociétés civiles ; un volet politique ayant pour objectif de définir un espace commun de paix et de stabilité, et surtout de contribuer à la résolution du conflit israélo-palestinien. Il est clair qu’aucun de ces volets n’a connu le succès. Il n’y a pas de zone de libre échange et les programmes de financement (MEDEA) ont trop souvent été soumis à des conditions politiques ou sociales et des pressions de toutes sortes de la part des partenaires européens, le volet politique est inexistant du fait que l’union européenne elle-même est incapable d’avoir une diplomatie commune, notamment pour ce qui concerne le conflit de la Palestine qui est géré par les Etats-Unis avec la partialité que l’on sait. En outre, le volet socio-culturel, qui dépendait largement d’avancées politiques et économiques est resté au point mort.
 
Dans ces conditions, il convient de tirer la leçon de l’impasse dans laquelle se trouve le « processus euro-méditerranéen » pour relancer l’idée du dialogue euro-arabe, lequel serait mieux équilibré et correspondrait à un grand projet de dialogue et de coopération entre deux vastes ensembles complémentaires et voisins. Ce dialogue est d’autant plus nécessaire qu’il s‘agit pour les deux ensembles de tirer les leçons des mutations mondiales qui se sont précipitées depuis le début des années 1990. Les nations européennes et les pays arabes sont menacés de marginalisation économique et politique dans le contexte de la mondialisation et de l’unilatéralisme de la superpuissance hégémonique états-unienne. Pourtant, les uns et les autres ont des atouts qui devraient leur permettre de faire face aux répercussions des récentes mutations mondiales et contribuer à la construction d’un nouvel ordre mondial où prévaudra le multilatéralisme. L’un de ses atouts est précisément constitué par les liens de leur proximité dus à l’histoire et à la géographie, aux flux migratoires, aux échanges. Un dialogue euro-arabe est une nécessité dans l’intérêt des deux parties. Mais ce dialogue doit se traduire par une coopération concrète et équilibrée aussi bien dans le domaine économique que politique, ce qui implique que les Etats européens s’investissent davantage et d’une manière plus cohérente de façon à rééquilibrer la politique états-unienne au Proche-Orient. Enfin, l’un des aspects des mutations actuelles concerne le risque d’un choc des civilisations. Et, sur ce plan encore, une coopération euro-arabe renforcée devrait contribuer à favoriser le nécessaire dialogue entre les peuples, qui s’avère de plus en plus nécessaire pour réduire les extrémismes de toute sorte.