Le sommet UE-UA d'Abidjan

Par Charles Saint-Prot
Directeur général de l’OEG

La cinquième édition du sommet Union européenne-Union africaine s’est tenue fin novembre 2017 à Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire.

Cette rencontre doit d’abord être replacée dans le contexte de la nouvelle politique africaine de la France. En effet, il doit être clair que l’union européenne n’a évidemment aucune politique en Afrique, pas plus qu’ailleurs, et que le maître d’œuvre en la matière est la France. Plusieurs puissances développent une politique africaine. Certaines ont des visées purement hégémoniques et rêvent de piller les richesses de l’Afrique, c’est le cas de la Chine. 

D’autres, comme la France, veulent imaginer un nouvel axe de coopération entre les deux continents voisins qui sont de vieux partenaires. L’ambition du président de la république française est de faire en sorte que la France puisse convaincre les autres États européens d’accorder plus d’importance à l’Afrique. Ces États, qui sont les premiers clients, les premiers fournisseurs, les premiers donneurs d’aide, les premiers investisseurs en Afrique, doivent prendre conscience que leur destin se joue de l’autre côté de la Méditerranée et non dans le cadre étriqué de la petite union européenne. La France veut donner une impulsion à la relation avec l’Afrique et faire avancer des dossiers concrets : partenariat économique, entrepreneuriat, éducation, énergies renouvelables.

Il est indéniable que la relation franco-marocaine peut être un important levier. Donc, la diplomatie française aurait tout intérêt à se coordonner avec celle du Maroc.

La participation du Roi Mohammed VI au sommet d’Abidjan a marqué l’importance accordée par le Royaume du Maroc à l’Afrique. Le Maroc est le seul État africain qui propose une vision à long terme. Grâce au Maroc l’ordre du jour du sommet UA-UE a été uniquement celui du sommet : « Investir dans la jeunesse pour un avenir durable ». C’est un thème concret sur lequel le Maroc a des choses à dire et peut apporter des propositions concrètes, ce qui n’est évidemment pas le cas des ennemis du Royaume qui vivent dans le passé et sont incapables de proposer quoi que ce soit pour l’Afrique.  

Le 29 novembre, le Roi du Maroc a prononcé un discours très fort et démontré la place exceptionnelle qu’il occupe sur le continent. Il a présenté un vigoureux plaidoyer pour un « véritable agenda africain » sur la migration. Selon le Roi c’est une question essentielle qui implique que chacun contribue à trouver une solution. Il a constaté qu’une nouvelle vision s’impose : il s’agit de faire de l’immigration un sujet de débat apaisé et de propositions constructives pour trouver des « résolutions efficaces »au phénomène migratoire. À cet égard, parce qu’une majorité de la migration est interafricaine, il a appelé les pays africains à prendre « leurs responsabilités dans la garantie des droits et de la dignité des migrants africains sur leur sol ».

Par ailleurs, le Roi a également appelé à insuffler un nouvel élan au partenariat Afrique-Europe et le faire évoluer vers un pacte bi-continental nouveau. Le Roi a souligné que le temps est à l’action et il faut donc « passer de la logique d’assistanat verticale à un véritable partenariat transversal ». Ce que dit Mohammed VI est que le temps est à une coopération égalitaire et rénovée donc à l’imagination.

L’approche marocaine, exposée par le Roi Mohammed VI, est globale. Le Roi a une vision et un projet concret pour l’Afrique dans le cadre d’une coopération sud-sud qui doit être le pilier du développement du continent. La politique africaine du Maroc a une dimension stratégique reposant sur l’ancienneté et la solidité de la politique africaine du Maroc depuis Mohammed V qui fut le pionnier de l’unité africaine. Les résultats attendus de la diplomatie africaine du Maroc sont donc considérables pour tous les Africains car il s’agit de créer une nouvelle dynamique qui sera celle du progrès, de la stabilité et du développement. C’est dire que l’axe franco-marocain doit être le fondement d’une nouvelle politique africaine de la France.