Maroc : L'évolution dans la stabilité


par Charles Saint-Prot (juillet - août 2011)

 
La réforme constitutionnelle lancée par le discours du roi Mohammed VI, le mars 2011, et conclue, après une large consultation, par le référendum du 1er juillet, n'est pas conjoncturelle. Elle n'a pas pour objet d'être dans l'air du temps, de coller artificiellement à un quelconque « printemps arabe » dont on sait bien que c'est davantage un slogan médiatique qu'une réalité indiscutable. 
 
À vrai dire, cette réforme constitue un choix stratégique propre à une vieille nation qui a ses propres réalités sociales, économiques et politiques. Il faut rappeler que la dynamique de réforme a été initiée depuis les années 1990, plus particulièrement depuis 1999, date de l'accession au trône du roi Mohammed VI qui a véritablement enclenché une dynamique réformatrice globale marquée par de nombreuses initiatives (Code de la famille, Instance équité et réconciliation, Initiative nationale pour le développement humain, réforme du champ religieux, régionalisation, installation du Conseil économique et social, etc.) 
 
L'objectif général est clair, il vise, d'une part, au renforcement du lien social et du pacte fondamental sur lequel repose la nation, et, d'autre part, au parachèvement de l'État de droit moderne. 
 
Ainsi, la réforme consiste d'abord dans la mise en place d'une décentralisation avancée et une véritable démocratie locale. Elle comporte un deuxième point majeur : la constitutionnalisation des droits et libertés publiques. Enfi n, le troisième chantier porte sur le rééquilibrage, ou plutôt l'harmonisation et la répartition des responsabilités avec un roi arbitre, un gouvernement doté de pouvoirs renforcés et un parlement légiférant et une justice indépendante. 
 
Au total, c'est une évolution significative dans le sens d'un approfondissement démocratique dans le cadre de la spécificité marocaine. L'évolution constitutionnelle prend en considération les grandes constantes de la nation marocaine. 
 
• La sauvegarde de l'Islam orthodoxe, de rite malikite modéré, dont le Souverain et Commandeur des croyants est le meilleur garant face à toutes les déviations extrémistes ;
 
• La préservation de l'indépendance nationale et de l'intégrité territoriale de Tanger à la frontière mauritanienne ;
 
• Le rôle spécifique du Maroc comme espace de transmission avec le sud du Sahara, l'Afrique noire, et comme pivot nécessaire entre le monde européen et l'Afrique subsaharienne ;
 
• L'unité nationale et la continuité historique qui sont précisément incarnées par une monarchie historique, moderne, sociale et constitutionnelle. 
 
En fin de compte, telle est bien l'exception marocaine : l'évolution dans la tranquillité, c'est-à-dire la construction d'un modèle spécifique de monarchie démocratique en concomitance avec le développement humain durable. Peut-être, à terme, un exemple pour les autres pays d'une région en proie aux crises, à la violence et aux aventures les plus périlleuses.