Politique africaine et défense du budget de l'Armée française

Par Thierry Rambaud. Janvier 2014

Six mois après l’intervention au Mali décidée en janvier 2013 par le Président de la République François Hollande, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté, le 5 décembre, une résolution française ouvrant la voie à une 16e opération de la paix, cette fois-ci en République centrafricaine (RCA). L’adoption de cette résolution, placée sous le chapitre VII de la Charte des Nations Unies autorisant un recours à la force, donne mandat à la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (Misca) de se déployer « pour une période de douze mois », avec une clause de révision au bout de six mois. Le texte autorise également les forces françaises en RCA à « prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la Misca dans l’accomplissement de son mandat qui vise, notamment, la protection des civils et la stabilisation du pays». Si l’Armée française est ainsi clairement habilitée, sur le plan du droit international, à intervenir en RCA, en pratique, nos forces armées sont confrontées à une mission d’une singulière complexité, qui est celle de pacifier une société centrafricaine déchirée par les affrontements politiques et mêmes religieux. Le contingent français, qui est composé de 1600 hommes, doit ainsi entreprendre une délicate mission de désarmement des principaux protagonistes d’un conflit qui perdure. Malgré la difficulté indéniable d’une telle opération, il importe ici de saluer l’action du président Hollande, tant les enjeux d’une telle intervention sont importants au regard du maintien nécessaire des équilibres régionaux, à la fois dans, ce que l’on appelait en 2008, l’« arc de crise » allant de la Mauritanie à la corne de l’Afrique qu’en Afrique centrale. L’attente envers la France reste grande. La France, une fois encore, doit être à la hauteur de sa destinée qui est celle d’être une véritable « puissance mondiale » au service du droit international et de la consolidation de la paix dans le monde, et non simplement une « simple puissance moyenne » comme le rabâchent les partisans d’une thèse décliniste qui fait fi de ce formidable roman de l’énergie nationale qui sous-tend l’histoire de notre pays depuis plusieurs siècles. Cette puissance a un rôle particulier à jouer en Afrique, continent avec lequel les liens sont si profonds, que ce soit sur un plan politique, culturel ou encore bien évidemment affectif. Évidemment ce rôle, qui doit être pensé sous le signe de la complémentarité des deux acteurs en présence et en aucune manière de la subordination, ne saurait conduire à terme la France à assurer de manière permanente une mission de gendarme en Afrique. Comme le sommet de l’Élysée des 6 et 7 décembre 2013 l’a encore montré, les États africains doivent dorénavant prendre en main leur propre sécurité et s’organiser à cet effet. Ils doivent naturellement être aidés par les grandes puissances mondiales et, au premier plan, la France dont il apparaît qu’elle est décidément bien seule à saisir l’importance des sujets géopolitiques qui se jouent dans cette partie du monde. On peut se référer ici au Livre blanc de la défense paru au printemps 2013 qui se réfère à cette « zone d’intérêt prioritaire » qu’est l’Afrique. Ceci conduit la France à y maintenir onze points d’appui militaires. Si ce dispositif peut sembler un peu dispersé, il permet néanmoins, à côté des minibases dévolues au renseignement par les Américains, d’instaurer des points de contrôle, de surveillance, de prévention des conflits et de réaction rapide à la survenance de ceux-ci. De cette intervention des forces françaises, deux constats peuvent être établis : l’insuffisance une fois encore de l’Union européenne en tant que puissance diplomatique capable de constituer un acteur majeur de résolution des conflits internationaux et, surtout, la nécessité de maintenir à un niveau cohérent et responsable le budget de nos armées qui remplissent des missions fondamentales au service de la France et de la paix dans le monde. On le voit, la défense du budget de nos armées reste plus que jamais une véritable priorité politique. C’est le prix à payer pour la paix et la liberté.