Pour un projet euro-arabe


par Charles Saint-Prot (janvier 2012)

 
La région de la Méditerranée méridionale a connu depuis décembre 2010, des bouleversements très importants. On a parlé de « printemps arabe » ou d'effet domino, ce qui est davantage un slogan racoleur que la traduction exacte d'une situation objective. En effet, le monde arabe regroupe des réalités sociales, économiques et politiques très différentes, malgré des similitudes apparentes. Les dynamiques de révolte, de contestation ou de réforme diffèrent d'un pays à un autre. En revanche, ce qui est indéniable est l'évolution globale de cette région dont le paysage politique qui est en pleine recomposition. Dans ce contexte, la chute du régime de Kadhafi, qui doit tout aux efforts déployés par la France, est de première importance. Elle redessine un Maghreb nouveau – avec un Maroc stable et consolidé par sa réforme constitutionnelle du 1er juillet, une Tunisie régénérée et une Libye débarrassée d'un dictateur ubuesque– et laisse espérer une relance du grand projet d'Union pour la Méditerranée que certains, dont une Allemagne dépourvue de toute vision géopolitique d'envergure, voulaient enterrer. 
 
A l'occasion des changements intervenus en 2011 dans de nombreux pays, Nicolas Sarkozy a pu affirmer qu'il faut imaginer « une politique économique et commerciale pour favoriser la croissance de ces démocraties qui viennent de naître» dans le monde arabe. A vrai dire, dans le nouvel ordre mondial qui est en train de se construire, les nations européennes et le monde arabe sont également menacés de marginalisation. Dans chacun de ces ensembles voisins et cousins, il est temps de redécouvrir les facteurs de rapprochement. 
 
La coopération entre les deux rives de la Méditerranée est assurément un projet d'avenir. L'objectif est la construction d'un avenir commun qui passe par l'intégration économique et la mise en valeur de nos complémentarités mais aussi par la construction d'un nouveau modèle de société pour le XXIe siècle. Il est raisonnable d'affirmer que les changements dans les pays arabes ouvrent de nouvelles perspectives géopolitiques. Ils représentent une bonne chance de repenser et de relancer une relation euro-arabe dont nous avons autant besoin au nord qu'au sud de la Méditerranée. Il ne fait pas de doute que le moteur de cette relation doit être une politique arabe de la France réaffirmée vigoureusement et régénérée sans complexe. Décidément, la France peut encore manoeuvrer et jouer son jeu.