Pour une sortie de crise au Sahara occidental


par Charles Saint-Prot (mai 2008)

 
Le projet d’Union pour la Méditerranée, lancé par la France, est en train de se mettre en place dans l’attente du Sommet qui se réunira à Paris, en juillet 2008. Ce projet suscite un grand intérêt de part et d’autre de la Méditerranée, mais la région reste le foyer de plusieurs crises qui sont autant de freins à la création de la « vaste zone de paix et de coopération » évoquée par le président Sarkozy. Parmi les facteurs de tension, la crise du Sahara occidental est l’une des plus anciennes. 
 
Cette crise qui est né, au début des années 1970, des conditions déplorables dans lesquelles l’Espagne a procédé à la décolonisation de ce territoire est d’abord un pur produit de la guerre froide. Le but originel était de créer un outil de déstabilisation dans la région et d’affaiblir le Maroc considéré comme une puissance d’équilibre proche de l’Occident. La question du Sahara est également le produit de la stratégie hégémonique de l’Algérie de Boumediene qui voulait s’imposer comme la seule puissance au Maghreb et, nonobstant la solidarité arabe et islamique, affaiblir son voisin marocain. Reliquat d’une époque révolue, l’affaire du Sahara occidental est aujourd’hui un obstacle à la construction d'un Maghreb intégré et prospère et une menace pour la stabilité de l'ensemble de la région. 
 
Tout le monde sait que les véritables acteurs du conflit ne sont pas seulement le Maroc et la rébellion du Polisario mais aussi le gouvernement algérien. C’est d’ailleurs ce qui freine le développement de la coopération régionale en ralentissant la construction de l’union du Maghreb arabe (UMA). A l’heure de la mondialisation il est inconcevable que les frontières soient fermées entre l’Algérie et le Maroc. Il est consternant que les échanges intermaghrébins ne représentent que 2% du commerce entre les cinq pays membres de l’UMA. Le coût du manque d’intégration économique est important puisque cela fait perdre à chaque pays environ 2 à 3 points de PIB. Le coût se chiffre également dans la perte de dizaines de milliers d’emplois par an et l’absence des investissements directs étrangers qui seraient intéressés par un marché de près de 90 millions de personnes. 
 
Il faut cesser d’aborder la question du Sahara occidental selon des schémas obsolètes et des objectifs idéologiques dépassés. A l’heure où tout le monde affirme qu’il faut construire de grands ensembles de coopération entre les Etats, il serait lamentable de voir se multiplier de micro-Etats artificiels qui renforceraient les facteurs de division dans la région du Maghreb arabe. L’Etat dont rêve le Polisario serait soit une colonie algérienne soit un foyer permanent de déstabilisation où se retrouveraient tous les agitateurs de la région, soit les deux. A vrai dire, un Etat « sahraoui » détaché du Maroc ne serait pas viable et présenterait un risque majeur de déstabilisation de la région. 
 
Par ailleurs, la persistance de ce conflit est une inquiétude permanente pour les pays européens qui voient se développer à la faveur de cette crise de dangereux trafics et, surtout, une aggravation des risques pour la sécurité à l’heure où les bandes extrémistes et terroristes sévissent dans les régions saharienne (Tunisie, Algérie) et au Sahel. L'assassinat en Mauritanie de quatre Français, le 24 décembre 2007, par un groupe terroriste lié à la nébuleuse (et mystérieuse) « al Qaïda au Maghreb islamique », le meurtre de plusieurs militaires mauritaniens et les menaces qui ont conduit à l’annulation du rallye automobile Paris-Dakar, l’enlèvement de touristes autrichiens, sont autant d’événements qui viennent nous rappeler que l’espace sahélo-saharien est devenu un refuge pour les groupes terroristes liés à Al Qaïda et au terrorisme. Dans une déclaration diffusée le 2 mai 2008 par la chaîne d'information Al Arabiya, l'ancien chef de la Minurso, Erik Jensen a estimé que le conflit du Sahara suscite désormais l'inquiétude des grandes puissances qui craignent une propagation du terrorisme chez des personnes placées sous le contrôle du Polisario.
 
Tout conduit à faire du règlement de cette crise une priorité. Deux thèses sont en présence : d’une part, celle du Polisario et de l’Algérie réclamant l'organisation d'un référendum d'autodétermination en vue de la création d’un Etat nouveau; d’autre part, celle du Maroc affirmant ses droits historiques sur les territoires de la Seguiet al Hamra et de l’Oued ad Dahab.
 
Dans son récent ouvrage, Autonomie au Sahara (éd.Stacey international) Abdelhamid El Ouali, professeur à la faculté de droit de Casablanca, expose que la principale raison qui a conduit à une impasse est que la question du Sahara a été assimilée à un problème de décolonisation traditionnelle où l’autodétermination-indépendance devait mener à l’indépendance automatique alors que le territoire était revendiqué par un pays, le Maroc, sur la base de titres juridiques et historiques. En avril 2007, pour sortir de l’impasse, le Maroc a présenté au Secrétaire général des Nations Unies une initiative pour la négociation d'un statut d'autonomie de la région du Sahara. Dans ses résolutions 1754 et 1783 des 30 avril et 31 octobre 2007, le Conseil de sécurité s’est félicité des efforts «sérieux et crédibles faits par le Maroc pour aller de l’avant vers un règlement ». Prenant acte de l’initiative marocaine, le Conseil a demandé aux parties d'engager des négociations de fond. C’est dans ce contexte que quatre sessions de négociations directes se sont tenues à Manhasset, près de New York. Alors que les négociations ouvertes, sous l'égide des Nations unies, restent dans l’impasse après la 4è session en mars 2008, la question du Sahara occidental a connu un rebondissement le 21 avril avec la déclaration devant le Conseil de sécurité de l’envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara. En effet, Peter van Walsum a exposé qu’il est arrivé à la conclusion que « l'indépendance du Sahara occidental n'est pas une option réaliste ». Mettant l'accent sur la nécessité du respect de la réalité politique, il a appelé au « réalisme et au compromis ». La résolution 1813 adoptée, le 30 avril, par le Conseil de sécurité reprend en grande partie l’analyse de M. van Walsum puisqu’elle appelle également « au réalisme et à l'esprit de compromis ». 
 
Revenant à une vision plus réaliste des choses, les Nations unies ont de facto abandonné la fiction d’un referendum d’autodétermination. Lors du vote de la résolution 1813, l’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, Alessandro Wolf, a déclaré «Nous partageons l’évaluation de M. van Walsum selon laquelle un Etat indépendant au Sahara n’est pas une option réaliste pour résoudre le conflit et qu’une véritable autonomie sous souveraineté marocaine est la seule solution possible». Pour sa part, l'ambassadeur représentant permanent de la France, Jean-Maurice Ripert a souligné que « le Conseil de sécurité appelle au réalisme et à l'esprit de compromis pour permettre aux négociations d'entrer dans une phase plus intensive et substantielle […] Le plan d'autonomie présenté par le Maroc est une base de négociation sérieuse et constructive pour aboutir à une solution négociée entre les parties, dans le respect du principe d'autodétermination ». Lors de sa visite à Rabat, en avril 2008, le Premier ministre François Fillon avait d’ailleurs réaffirmé l’appui de la France au plan marocain. La Grande-Bretagne, l’Espagne, la plupart des Etats arabes sont également en faveur du plan de sortie de crise proposé par le Maroc.
 
La solution de l’autonomie est réaliste et conforme à la bonne application des normes internationales. La proposition marocaine constitue donc une chance qu’il faut saisir pour sortir de l’impasse et mettre un terme à une crise qui n’a que trop duré.