Sud-Soudan : un nouveau facteur de déstabilisation en Afrique


par Charles Saint-Prot (janvier - février 2011)

 
A la suite du scrutin, qui s'est déroulé du 9 au 15 janvier 2011, le parti sécessionniste des provinces du sud a obtenu que le Soudan soit divisé en deux Etats distincts. Une séparation est toujours un échec, comme un divorce. Avec cette division, le Soudan perdra son rôle de pays trait d'union, entre l'Afrique musulmane et l'Afrique animiste, entre Arabes et non-arabes. 
 
L'ancienne puissance coloniale britannique avait tout fait pour nuire à l'unité du pays en entravant l'enseignement de l'arabe au Sud-Soudan au profit de l'anglais et en encourageant une christianisation sectaire. Les Etats-Unis et Israël avaient pris le relai en entretenant une rébellion séparatiste dont on a voulu faire croire qu'elle se fondait sur une opposition religieuse alors que les régions du sud sont moins chrétiennes qu'animistes et il n'y a jamais eu de discrimination religieuse au Soudan. Durant la guerre civile (1983-2005), plus de deux millions de Soudanais du sud s'étaient réfugiés au nord, à Khartoum ! 
 
Le conflit n'était ni religieux ni même ethnique, mais entretenu par des ambitions politiques soutenues par l'étranger sur fond de rivalité sino-états-unienne à propos du pétrole soudanais. Une fois de plus, certaines puissances ont joué avec le feu en encourageant une sécession qui créera plus de problèmes qu'elle n'en résoudra. Il faudra partager la manne pétrolière et le sud, qui engrange plus de 60% des réserves actuelles, dépendra des oléoducs traversant le Nord-Soudan pour exporter son pétrole. Le nouvel Etat, installé dans un pays artificiel, sera peu viable. Il n'existe pas d'unité entre les dix régions assemblées. On y parle un grand nombre de variétés de langues ou d'idiomes. Quelle langue parleront les gens entre eux alors que jusqu'à présent la langue commune est l'arabe ? 
 
Les rivalités tribales et ethniques sont considérables et des affrontements armés très fréquents entre le parti et l'ethnie Dinka qui dirigent à Juba, la nouvelle capitale, et des groupes sudistes hostiles. Le tribalisme est la principale caractéristique du Sud et les inévitables querelles pour le partage du pouvoir entre les communautés pourraient constituer un grave facteur d'instabilité auquel s'ajoute le risque d'interventions des États voisins. Enfin, la corruption est déjà très répandue au sein des dirigeants de la nouvelle capitale. On ne devrait pas tarder à découvrir qu'ici, comme ailleurs, le séparatisme ouvre la voie à la régression et à la déstabilisation.