Un Irak éclaté livré à l’Iran ?


par Charles Saint-Prot (septembre - octobre 2010)

 
La déclaration de Barack Obama, annonçant la fin de la mission de combat en Irak et le retrait partiel des troupes d’occupation des Etats-Unis à la fin août 2010 n’est qu’un trompe-l’oeil. Outre les quelques 50 000 soldats qui restent officiellement en Irak, il faut ajouter les dizaines de milliers de «contractuels», c’est à dire des employés de sociétés privées de sécurité et pour être plus clair des mercenaires, qui travaillent sous les ordres de l’administration états-unienne. Le nombre de 132 000 avancé, en juin 2009, dans le rapport d’une commission parlementaire américaine (Commission on Wartime Contracting in Iraq and Afghanistan) devrait d’ailleurs être largement dépassé pour compenser le retrait des troupes régulières. 
 
En réalité, les Etats-Unis ont conduit l’Irak à l’anarchie totale, à un extraordinaire retour en arrière avec le réveil des fanatismes ethniques, religieux, communautaristes sans compter les maffias de toute sorte. De fait, l’Irak est devenu le laboratoire du retour au tribalisme et de la désintégration dans le monde arabe. Un contre-modèle absolu pour tous ses voisins. En effet, ce pays au bord de l’explosion, sans gouvernement cinq mois après les dernières élections, d’ailleurs tout aussi truquées que les précédentes, est désormais livrés aux bandes de mercenaires agissant sous le contrôle des Etats-Unis, aux dizaines de milliers de miliciens iraniens et à leurs agents des partis chiites irakiens et, au nord, aux bandes kurdes qui préparent la partition en liaison avec les innombrables conseillers israéliens qui pullulent entre Erbil et Soulaimaniya. 
 
En bref, par leur intervention militaire en tout point catastrophique, les Etats-Unis auront une fois de plus joué les pyromanes. Le comble est qu’ils auront fait tant et si bien que, la répression contre les patriotes et le désordre aidant, c’est l’Iran et ses affiliés qui vont tirer les marrons du feu dans un Irak divisé, perturbant ainsi l’équilibre nécessaire entre la nation arabe et le monde persan.